Le blog de

Lays Farra



05/03/2018

En tombant, la neige a mangé une partie du froid. La morsure de l’air est plus molle sur la peau. Les tas de poudreuse enterrent la margelle des trottoirs, le territoire piéton désormais borné par les sillons des pneus. S’accumulant au bord, le sorbet de crasse noirâtre, légèrement salé, qui révèle la salissure inapperçue des villes.

Le plan grand froid a été activé, parce que bien sûr cette clémence basique, qu’on devrait pouvoir, dans un monde de bâtiments vides, s’abriter des éléments, elle a un prix, cette clémence, cette générosité. Elle se paie en degrés Celsius négatifs et prolongés, la souffrance intermédiaire ne compte pas manifestement. Quand il fait 2 °C les malheureux surnuméraires que les espaces usuels ne peuvent abriter n’auront pas droit aux abris d’urgence, dormir dehors est agréable dans ces conditions officiellement Non Extrêmes. On le traite du coup comme un problème ponctuel, limité dans le temps, météorologique, même. Comme la neige, apparemment, les sans-abris de trop sont tombés en pluie, et fondront une fois le soleil revenu lundi, quand l’abri fermera.

Mais bon, ne soyons pas cynique, bien sûr qu’il vaut mieux s’adapter à des circonstances plus dures, et tant mieux qu’il y ait des places de plus. Heureusement, les bénéficiaires sont profondément reconnaissants et respectueux, nous dit-on. Le sous entendu c’est bien sûr que cette aide apportée est une bienfaisance, une générosité, une largesse, un privilège. Nous sommes d’une noblesse infinie de fournir une pitance standard et un abri temporaire, et on comprend facilement : le privilège est révocable au moindre singe d’ingratitude.

Cette philanthropie sous condition est grotesque. Ils n’ont pas le droit d’être de mauvaise humeur ? Ils n’ont pas le droit de trouve légèrement inconfortable de dormir d’un drap à trois lits superposés dans un air empesté ?

Ils se plaignent de leur vie comme tout le monde, comme on parle de son boss à la machine à café ou de ses problèmes de plomberies — sans qu’on se traite d’enfants gâtés, on a le privilège de la râlerie, mais la pauvreté devrait leur imposer des louanges automatiques. Bien sûr qu’ils ont le droit de rechigner un peu, et quel sorte de générosité ce serait de s’en vexer, de le prendre personnellement ?

Mais c’est bien sûr bien plus grotesque que ça : on n’est jamais un assez bon pauvre. On n’arrive jamais à incarner suffisamment la vertu pour être toléré — on trouve toujours des fautes, et même des fautes contradictoires. L’un se moque : ils sentent vraiment mauvais dis donc — et bien sûr entre eux ils lamenteront leur propre odeur, résultat de l’hygiène difficile sans foyer. Mais quand ils profitent des bains de l’abri, la même personne se moquera plus tard — sans la moindre ironie — de ce qu’ils se lavent les pieds dans les éviers ou que leur douche dure trop longtemps.

Trop, ou trop peu. C’est la tenaille qui les écrase, inévitablement. Ces vagabonds, monsieur, je vous dis : non seulement ils sont sales, mais en plus, ils se lavent !

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15/01/2018

Je n’ai jamais eu de profondes affinités avec la musique, et je le regrette un peu. Certes, je ne me suis jamais beaucoup investi dans le solfège scolaire et obligatoire, mais mes enseignants n’aidaient pas beaucoup : je me rappelle qu’une fois la consigne fut que les gens à ma gauche chanteraient la partie aigue, à ma droite la partie grave, et moi, étant hors des bornes de ces deux intervalles fermés, ne chanterait simplement pas. Zigzaguant dans les tribus adolescentes qui tentaient de circonscrire leur identité par ce qu’on y écoutait, métal, rap ou techno, j’étais une tranche de pain blanc de goût musical, où je n’écoutais pratiquement rien et aimait encore moins de choses. J’avais hérité une radio d’une grande-tante, et dans le bord de la bande FM j’écoutais de la musique classique aléatoire. J’avais un lecteur CD sur lequel j’écoutais les Quatre Saisons de Vivaldi, mais surtout les Deux Minutes du Peuple ou quelque Sagas MP3. Je n’étais pas très aventureux de ce côté là et je garde de tout ça un certain complexe d’infériorité face aux amateurs de musique.

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27/12/2017

Transcription de quelques tweets que j’ai fait en voyant la millionième discussion de  l’appropriation culturelle. Un sujet maudit donc j’ai déjà parlé quelques fois et qu’on voit toujours illustré des exemples les plus mal compris.


J’aime bien quand les faux candides incapables qui demandent « ah oui alors est-ce que [x] c’est de l’appropriation culturelle ?? 😂 et toc » pointent des dynamiques culturelles qui sont vraiment délétères sans être forcément de l’AC.

Un petit malin disait :

Un Noir (français ou autre) qui parle que des langues européennes (donc des Blancs) c’est de l' »appropriation culturelle » ou pas ? 😂

Tiens c’est marrant comment ça se fait, qu’est-ce qui prend à ces gens d’origine africaine de parler des langues européennes d’un seul coup ?

De manière générale, les gens ne se mettent pas à adopter une langue en masse par pur plaisir, mais bien à cause de l’ascendant des locuteurs de cette langue, et après trente secondes de tentative de répondre à cette question, on voit bien que derrière ces « Noirs qui parlent des langues des Blancs » il y a une longue histoire de méfaits envers les cultures africaines, et personne ne mettrait la faute sur les victimes de cette histoire. La catégorie d’appropriation culturelle n’est pas intéressante ici, mais on trouve néanmoins une dynamique culturelle malsaine.

« Han alors le christianisme c’est de l’appropriation culturelle du judaïsme, c’est ça ? » dira l’andouille. C’est certainement pas le meilleur résumé, ni le plus pertinent, mais ça a tourné si bien que ça pour les juifs, qu’on adopte et étende leur tradition scripturale à plus large échelle ?

Même un truc voulu inoffensif comme « je fête la Saint-Patrick sans être d’origine irlandaise »
Comment les Irlandais perçoivent leur évangélisateur devenant un prétexte à beuveries yankees ? Qu’est-ce que ça nous dit sur l’identité irlandaise aux USA ? Et le catholicisme ? (bien sûr mis en regard de la colonisation et de l’antisémitisme, on aura ici affaire à des problèmes plus subtils)

Il n’y a pas besoin de la catégorie d’appropriation culturelle ou de creuser beaucoup pour trouver quels maux, plus ou moins grands, pourraient se cachent sous ces changements culturels.

Certains font exprès de l’ignorer mais même leurs meilleures tentatives pour trouver des interactions culturelles insoupçonnables, qu’on puisse ensuite transformer en faux problèmes à mettre sous le nez des critiques, même quand ils peuvent choisir tous leurs exemples, ça révèle assez qu’on est souvent bien loin d’un échange enthousiaste et bénéfique à tous.

 

On peut faire exprès de rater la forêt pour nous faire perdre notre temps, bien sûr.

05/09/2017

Je vais essayer de réduire profondément le temps que je passe sur Twitter et poster plus souvent ici, pour m’inciter aussi à retaper tout le site et le WordPress. En l’occurrence, je songeais à collecter les liens et articles intéressants que je voyais chaque semaine. Je pensais le faire chaque semaine quitte à faire de très courtes revues. Ici ce sera surtout des vidéos.

Je le poste en retard et vide, mais j’aimerais essayer d’en faire une habitude. Je me rappelle d’un des articles du blog de Peter Berger sur le sujet des rituels où il parlait de l’habitude qu’il avait prise de bloguer, avant que le blog ne soit mis derrière un paywall et que Peter Berger ne meure malheureusement.

 

 

As we predicted last time we talked about them (at 33’44) Crash Course finally reached the part of the manuals they relied on that treated Campbell (a priori it was Thury and Devinney) and joined the millions of TED Talks already blabbering about the hidden virtues of the Monomyth, asserting them rather than discussing them. They were a bit critical, pointing out for example the obviousest of facts that the Monomyth is a bit heteronormative and that they only mentioned it as a broad outline, and the example they bring up in their second half has female protagonists, instead of the usual male hero.

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28/08/2017

[Originellement posté en janvier 2013, j’y ai repensé en songeant au fait que le Joueur du Grenier a fait une de ses critiques pseudo-humoristico-nostalgique de Skyrim alors que ce jeu est sorti en 2011. À sa décharge Bethesda passe son temps à ressortir Skyrim, avec leur version remastérisée pleine de nouvelles textures pour les cailloux et bouches d’égout, et je suppose que ça fait partie de la blague, finalement, qu’il ait siphonné tout ce qu’il y avait de mauvais vieux jeux disponibles et que de toute façon le cœur de son audience ne les ait pas connus.]

Note : ceci n’est pas une prophétie. Je crois qu’on va se trimballer pendant encore un moment des notalgiques. Mais simplement, internet a une mémoire telle que la nostalgie ne sera pas forcément une option. Quand vous tenterez dans 10 ans de parler d’Avatar, google vous donnera les MILLIARDS de blagues déja faites dessus. Être nostalgique ? Soit, mais internet aura réussi à l’être d’avance.

Hier j’ai regardé la vidéo de Nostalgia Chick sur Fellowship of The Ring (La Communauté de l’Anneau) premier tome du Seigneur des Anneaux. Et j’ai été retourné comme un gant, rien que de voir le titre de la vidéo.

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24/08/2017

Depuis un moment, je voulais lire Bury My Heart At Wounded Knee : An Indian History of the American West de Dee Alexander Brown paru en 1970.

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20/08/2017

Nous avons récemment conclus notre série de deux trois cinq vidéos sur la laïcité en France et problématiques liées. Deux parties étaient prévues, puis la seconde fut coupée en deux, et la troisième partie résultante dut à nouveau être coupée à cause de problèmes de droits d’auteur. Cette page est là pour rassembler des liens vers les diverses vidéos et scripts de la série. D’abord, je vais justement mettre tous les liens afin de faciliter les copier-coller futurs, puis mettre toutes les vidéos sur la page.

Vidéos individuelles [YT = Youtube] ; IA = Internet Archive] :

  1. goo.gl/6SZy4E [YT] archive.org/details/CPS1905Partie1 [IA]
  2. goo.gl/4yUcwp [YT] archive.org/details/CPS1905part2 [IA]
  3. goo.gl/b31gow [YT] archive.org/details/01LaiciteAujourdhui [IA] vid.me/UU9tf
  4. goo.gl/qi33aG [YT] archive.org/details/01LaiciteAujourdhui [IA] vid.me/
  5. goo.gl/4YYbjJ [YT] archive.org/details/01LaiciteAujourdhui [IA]

Textes des épisodes avec notes (en versions Google Docs à télécharger etc. et version web) :

Vidéos ci-dessous.

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18/08/2017

Un peu de pensée à voix haute sur diverses choses qui me sont passées par l’esprit récemment.

I

Abandonner l’étude c’est se délivrer des soucis
Car en quoi diffèrent oui et non ?
En quoi diffèrent bien et mal ?
On doit redouter cette étude que les hommes redoutent
Car toute étude est interminable

Tao-tö King, XX. (trad. Liou Kia-Hway)

À la dernière Noël, on m’offrit une traduction du Tao-Tö King, parfois aussi écrit Dao de jing à cause des impasses de la phonétique, un texte très important dans l’élaboration de la tradition taoïste et attribué à Lao-Tseu. Mais je suis conscient des périls de la traduction. Suis-je capable d’appréhender une philosophie exprimée de façon si elliptique, et par des saillies paradoxales très faciles à moquer, si je ne connais pas le langage difficile dans lequel elle était à l’origine ?

C’est un problème inévitable, et que j’ai fréquemment rencontré. J’ai fait une double vidéo sur Odin, mais est-ce possible de comprendre véritablement l’ancienne mythologie nordique sans parler vieux norrois ? De comprendre Attis avec mon horrible niveau de grec ? Certains sujets semblent même requérir plus de compétences linguistiques qu’une vie entière de travail ne peut fournir : notre vidéo sur Mithra, qu’on travaille depuis presque deux ans, ne s’éternise pas sans raison, on devra y examiner des textes en avestique, vieux-perse, sanskrit, grec, latin et arménien. Est-ce possible de démêler les connotations épineuses de tous ces corpus en reposant principalement sur des traductions ?

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22/05/2017

Merlin! Where are you? Call your dragon… to weave a mist… To hide us. Merlin! Where are you?… Nobody shall have the sword! Nobody shall wield Excalibur… But me!

Uther in Excalibur (1981)

 

It seems the wisest way to criticize a movie is by whining about the absence of a character in it. Namely, everybody’s sad that King Arthur:Legend of the Sword (henceforth KALOTS) does not feature Merlin :

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