Le blog de

Lays Farra



04/08/2019

Dans le cadre de Rex Quondam Rexque Futurus, notre émission traitant de la littérature arthurienne, sur Radiokawa, j’avais commencé il y a deux ans une sorte de frise chronologique qui permettrait de visualiser un peu plus facilement la succession de ces œuvres au fil du temps et éventuellement leurs liens entre elles. Quand j’ai commencé à me plonger dans cette littérature je regrettais que ça n’existe pas vraiment, et que la plupart des chronologies qu’on trouve en ligne sur ce sujet se résument à quelque chose comme :

1136 Geoffrey de Monmouth, Historia Regum Britanniae

1155 Wace, Brut

1170-1191 Chrétien de Troyes écrit ses cinq romans

1215-1235 Lancelot-Graal

1380 Sir Gawain and the Green Knight

1470 Thomas Malory, Le Morte d’Arthur

… Ce qui n’aide pas tant que ça à démêler la complexité de toutes les autres.

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22/07/2019

Quand je ne suis pas en train de ne pas écrire ou de ne pas dessiner, il m’arrive de parler face à un dispositif qui permet d’enregistrer ma voix.

Depuis 2017, j’anime avec Antoine Rex Quondam Rexque Futurus, une émission discutant la littérature arthurienne sur Radiokawa.

Plus récemment j’ai été interviewé dans deux autres podcasts que je n’anime pas. Espérons que ça ne devienne pas une habitude :

Au cas où ça vous intéresse !

21/07/2019

Depuis 2015, j’anime avec Camille et Antoine une chaîne d’histoire des religions (très occasionnellement désormais) mais je me suis interrogé récemment sur l’énergie que le format vidéo impliquait.

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17/03/2019

« En la Marche de Gaule » sont les premiers mots du Lancelot propre qui introduisent le royaume de son père Ban de Bénoïc et de son oncle Bohort de Gaunes, à la bordure de la Gaule et de la « Petite Bretagne ».

J’aime beaucoup la littérature arthurienne, et j’anime une émission mensuelle dessus depuis près de deux ans maintenant.

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09/01/2019

Bruce Benamran anime depuis 2013 la chaîne youtube e-penser pour dispenser quelques notions scientifiques, principalement de physique. Malheureusement, ça requiert aussi de faire de l’histoire des sciences, surtout quand on veut éviter de trop creuser du côté mathématique, qui rebuterait vite le public. Cet abandon est à mon avis dommageable, comme je le disais tantôt :

Apprendre uniquement les modèles figuratifs approximatifs sans les équations c’est apprendre la pire moitié de la physique quantique.

Mais après tout Einstein lui-même avait fait un livre avec Infeld (je crois pour l’aider à payer ses études) qui avait cet exact but : faire comprendre les représentations à la base des hypothèses de la physique sans l’appareil mathématique qui les soutient.

Parmi les blagounettes qui ont tristement mal vieilli ou sont simplement encombrantes se trouvent une série de running gags qui consistent notamment à dire à quel point Aristote disait des bêtises, uniquement des bêtises, répétées pendant des siècles jusqu’à ce que la science mette enfin un terme à ce monceau d’errements. Et ça m’a rappelé les leçons bonus d’histoire des sciences que notre professeur de mathématiques-physique nous avait fait jadis au collège, que je trouvais passionnantes mais dont je comprendrai avec le temps qu’elles m’en donnaient une vision très partiale et simplifiée. Je me souviens y avoir entendu les imprécations contre les aristotéliciens, une discussion de Galilée (qui me donna envie de lire le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde et me montrerait déjà une autre facette de Galilée que son hagiographie scientifique), mais aussi l’opposition entre Edison et Tesla, tentant de mettre à bas la figure populaire de l’inventeur d’Edison pour en faire un escroc tandis que Tesla devenait cette figure promethéenne maudite et abandonnée par l’histoire. Cette dernière légende noire/dorée a force de loi parmi les « geeks » autoproclamés. Bruce Benamran affiche un portrait stylisé de Tesla en arrière plan de ses vidéos, The Oatmeal l’avait présenté comme le geek ultime puis collecté des fonds pour racheter son labo, et son nom baptisera l’entreprise qu’on connait surtout pour Elon Musk et de multiples artefacts steampunk pour nazis-zombies.

Mais quand il s’agit d’opposer Aristote et les atomistes antiques, mon professeur pointait avec justesse que le modèle d’Aristote était profondément empirique et les catégories qui le sous-tendaient (chaud/froid, humide/sec) étaient même sensorielles et pouvaient donc être tâtées dans le monde, tandis que le modèle de Démocrite était une pure construction de l’esprit, qui ne pouvait à l’époque absolument pas être prouvée par quelque expérience ou réellement améliorer notre compréhension du monde. Le succès d’Aristote n’était pas inexplicable.

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04/09/2018

(Couverture : black-raven200)

 

Je songeais récemment à ce que si quelqu’un devait piocher une tradition religieuse non-abrahamique dans l’histoire de l’Europe occidentale, le choix évident serait la religion romaine et ses ramifications grecques, dont les rites sont le mieux attestés historiquement mais on compte très peu d’adeptes.

Une série de raisons :

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20/08/2018

« Nous tirerons l’épée là-bas, sur le sable que couvre la marée, et qui, six heures par jour, est le territoire de la France, mais pendant six autres heures le territoire de Dieu. »

(Le Vicomte de Bragelonne, chap. XCIV, “Une foule de coups d’épée dans l’eau”)

 

Je voulais profiter d’avoir enfin fini d’illustrer cette trilogie après quatre ans pour dire un mot dessus. Bien que son roman de 1844, Les Trois Mousquetaires, soit peut-être le l’oeuvre la plus connue de Dumas, les deux suites qu’il lui écrivit sont moins lues, marquent moins la mémoire — cependant je les aime beaucoup pour la mise en perspective qu’ils accomplissent — au-delà de leurs qualités littéraires que j’apprécie déjà.

 

mousquetaires

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05/03/2018

En tombant, la neige a mangé une partie du froid. La morsure de l’air est plus molle sur la peau. Les tas de poudreuse enterrent la margelle des trottoirs, le territoire piéton désormais borné par les sillons des pneus. S’accumulant au bord, le sorbet de crasse noirâtre, légèrement salé, qui révèle la salissure inapperçue des villes.

Le plan grand froid a été activé, parce que bien sûr cette clémence basique, qu’on devrait pouvoir, dans un monde de bâtiments vides, s’abriter des éléments, elle a un prix, cette clémence, cette générosité. Elle se paie en degrés Celsius négatifs et prolongés, la souffrance intermédiaire ne compte pas manifestement. Quand il fait 2 °C les malheureux surnuméraires que les espaces usuels ne peuvent abriter n’auront pas droit aux abris d’urgence, dormir dehors est agréable dans ces conditions officiellement Non Extrêmes. On le traite du coup comme un problème ponctuel, limité dans le temps, météorologique, même. Comme la neige, apparemment, les sans-abris de trop sont tombés en pluie, et fondront une fois le soleil revenu lundi, quand l’abri fermera.

Mais bon, ne soyons pas cynique, bien sûr qu’il vaut mieux s’adapter à des circonstances plus dures, et tant mieux qu’il y ait des places de plus. Heureusement, les bénéficiaires sont profondément reconnaissants et respectueux, nous dit-on. Le sous entendu c’est bien sûr que cette aide apportée est une bienfaisance, une générosité, une largesse, un privilège. Nous sommes d’une noblesse infinie de fournir une pitance standard et un abri temporaire, et on comprend facilement : le privilège est révocable au moindre singe d’ingratitude.

Cette philanthropie sous condition est grotesque. Ils n’ont pas le droit d’être de mauvaise humeur ? Ils n’ont pas le droit de trouve légèrement inconfortable de dormir d’un drap à trois lits superposés dans un air empesté ?

Ils se plaignent de leur vie comme tout le monde, comme on parle de son boss à la machine à café ou de ses problèmes de plomberies — sans qu’on se traite d’enfants gâtés, on a le privilège de la râlerie, mais la pauvreté devrait leur imposer des louanges automatiques. Bien sûr qu’ils ont le droit de rechigner un peu, et quel sorte de générosité ce serait de s’en vexer, de le prendre personnellement ?

Mais c’est bien sûr bien plus grotesque que ça : on n’est jamais un assez bon pauvre. On n’arrive jamais à incarner suffisamment la vertu pour être toléré — on trouve toujours des fautes, et même des fautes contradictoires. L’un se moque : ils sentent vraiment mauvais dis donc — et bien sûr entre eux ils lamenteront leur propre odeur, résultat de l’hygiène difficile sans foyer. Mais quand ils profitent des bains de l’abri, la même personne se moquera plus tard — sans la moindre ironie — de ce qu’ils se lavent les pieds dans les éviers ou que leur douche dure trop longtemps.

Trop, ou trop peu. C’est la tenaille qui les écrase, inévitablement. Ces vagabonds, monsieur, je vous dis : non seulement ils sont sales, mais en plus, ils se lavent !

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15/01/2018

Je n’ai jamais eu de profondes affinités avec la musique, et je le regrette un peu. Certes, je ne me suis jamais beaucoup investi dans le solfège scolaire et obligatoire, mais mes enseignants n’aidaient pas beaucoup : je me rappelle qu’une fois la consigne fut que les gens à ma gauche chanteraient la partie aigue, à ma droite la partie grave, et moi, étant hors des bornes de ces deux intervalles fermés, ne chanterait simplement pas. Zigzaguant dans les tribus adolescentes qui tentaient de circonscrire leur identité par ce qu’on y écoutait, métal, rap ou techno, j’étais une tranche de pain blanc de goût musical, où je n’écoutais pratiquement rien et aimait encore moins de choses. J’avais hérité une radio d’une grande-tante, et dans le bord de la bande FM j’écoutais de la musique classique aléatoire. J’avais un lecteur CD sur lequel j’écoutais les Quatre Saisons de Vivaldi, mais surtout les Deux Minutes du Peuple ou quelque Sagas MP3. Je n’étais pas très aventureux de ce côté là et je garde de tout ça un certain complexe d’infériorité face aux amateurs de musique.

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27/12/2017

Transcription de quelques tweets que j’ai fait en voyant la millionième discussion de  l’appropriation culturelle. Un sujet maudit donc j’ai déjà parlé quelques fois et qu’on voit toujours illustré des exemples les plus mal compris.


J’aime bien quand les faux candides incapables qui demandent « ah oui alors est-ce que [x] c’est de l’appropriation culturelle ?? 😂 et toc » pointent des dynamiques culturelles qui sont vraiment délétères sans être forcément de l’AC.

Un petit malin disait :

Un Noir (français ou autre) qui parle que des langues européennes (donc des Blancs) c’est de l' »appropriation culturelle » ou pas ? 😂

Tiens c’est marrant comment ça se fait, qu’est-ce qui prend à ces gens d’origine africaine de parler des langues européennes d’un seul coup ?

De manière générale, les gens ne se mettent pas à adopter une langue en masse par pur plaisir, mais bien à cause de l’ascendant des locuteurs de cette langue, et après trente secondes de tentative de répondre à cette question, on voit bien que derrière ces « Noirs qui parlent des langues des Blancs » il y a une longue histoire de méfaits envers les cultures africaines, et personne ne mettrait la faute sur les victimes de cette histoire. La catégorie d’appropriation culturelle n’est pas intéressante ici, mais on trouve néanmoins une dynamique culturelle malsaine.

« Han alors le christianisme c’est de l’appropriation culturelle du judaïsme, c’est ça ? » dira l’andouille. C’est certainement pas le meilleur résumé, ni le plus pertinent, mais ça a tourné si bien que ça pour les juifs, qu’on adopte et étende leur tradition scripturale à plus large échelle ?

Même un truc voulu inoffensif comme « je fête la Saint-Patrick sans être d’origine irlandaise »
Comment les Irlandais perçoivent leur évangélisateur devenant un prétexte à beuveries yankees ? Qu’est-ce que ça nous dit sur l’identité irlandaise aux USA ? Et le catholicisme ? (bien sûr mis en regard de la colonisation et de l’antisémitisme, on aura ici affaire à des problèmes plus subtils)

Il n’y a pas besoin de la catégorie d’appropriation culturelle ou de creuser beaucoup pour trouver quels maux, plus ou moins grands, pourraient se cachent sous ces changements culturels.

Certains font exprès de l’ignorer mais même leurs meilleures tentatives pour trouver des interactions culturelles insoupçonnables, qu’on puisse ensuite transformer en faux problèmes à mettre sous le nez des critiques, même quand ils peuvent choisir tous leurs exemples, ça révèle assez qu’on est souvent bien loin d’un échange enthousiaste et bénéfique à tous.

 

On peut faire exprès de rater la forêt pour nous faire perdre notre temps, bien sûr.