[ Accueil / Bande dessinée / Portfolio / Contact & Commandes ]

Lays Farra

09/05/2015

[Cet article comporte quelques erreurs de lien que je tenterai de corriger et des fautes de frappe. Pratiquement une suite de Bad Religion]

Après que les mois sacrés expirent, tuez les idolâtres où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent l’aumône, alors laissez-leur la voie libre, car Dieu  est Pardonneur et Miséricordieux. Et si l’un des idolâtres te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la parole de Dieu, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. Car ce sont des gens qui ne savent pas. Comment y aurait-il pour les associateurs un pacte admis par Dieu et par Son messager ?

(Coran 9:5-7)

Les hypocrites cherchent à tromper Dieu, mais Dieu retourne leur tromperie (contre eux-mêmes). Et lorsqu’ils se lèvent pour la Prière ils se lèvent avec paresse et par ostentation envers les gens. A peine invoquent-ils Dieu. Ils sont indécis (entre les croyants et les mécréants) n’appartenant ni aux uns ni aux autres. Or, quiconque Dieu égare, jamais tu ne trouveras de chemin pour lui. Ô les croyants! Ne prenez pas pour alliés les mécréants au lieu des croyants. Voudriez-vous donner à Dieu une preuve évidente contre vous? Les hypocrites seront, certes, au plus bas fond du Feu, et tu ne leur trouveras jamais de secoureur.

(Coran 4:142-5)

[Mais] certes les infidèles ne croient pas, cela leur est égal, que tu les avertisses ou non : ils ne croiront jamais. Dieu a scellé leurs coeurs et leurs oreilles ; et un voile épais leur couvre la vue ; et pour eux il y aura un grand châtiment. Parmi les gens, il y a ceux qui disent : « Nous croyons en Allah et au Jour dernier!  » tandis qu’en fait, ils n’y croient pas. Ils cherchent à tromper Dieu et les croyants ; mais ils ne trompent qu’eux-mêmes, et ils ne s’en rendent pas compte. Il y a dans leurs coeurs une maladie (de doute et d’hypocrisie), et Dieu laisse croître leur maladie. Ils auront un châtiment douloureux, pour avoir menti. Et quand on leur dit : « Ne semez pas la corruption sur la terre », ils disent : « Au contraire nous ne sommes que des réformateurs!  » Certes, ce sont eux les véritables corrupteurs, mais ils ne s’en rendent pas compte. Et quand on leur dit : « Croyez comme les gens ont cru », ils disent : « Croirons-nous comme ont cru les faibles d’esprit?  » Certes, ce sont eux les véritables faibles d’esprit, mais ils ne le savent pas. Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : « Nous croyons »; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent : « Nous sommes avec vous; en effet, nous ne faisions que nous moquer (d’eux) ». C’est Dieu qui Se moque d’eux et les endurcira dans leur révolte et prolongera sans fin leur égarement. Ce sont eux qui ont troqué le droit chemin contre l’égarement. Eh bien, leur négoce n’a point profité. Et ils ne sont pas sur la bonne voie. Ils ressemblent à quelqu’un qui a allumé un feu; puis quand le feu a illuminé tout à l’entour, Dieu a fait disparaître leur lumière et les a abandonnés dans les ténèbres où ils ne voient plus rien. Sourds, muets, aveugles, ils ne peuvent donc pas revenir (de leur égarement). [On peut encore les comparer à ces gens qui, ] au moment où les nuées éclatent en pluies, chargées de ténèbres, de tonnerre et éclairs, se mettent les doigts dans les oreilles, terrorisés par le fracas de la foudre et craignant la mort; et Dieu encercle de tous côtés les infidèles. L’éclair presque leur emporte la vue : chaque fois qu’il leur donne de la lumière, ils avancent; mais dès qu’il fait obscur, ils s’arrêtent. Si Dieu le voulait Il leur enlèverait certes l’ouïe et la vue, car Dieu a pouvoir sur toute chose. (Coran, 2:6-20)

Maybe that’s stupid or young to think like that, but something has to change.

Megan Draper, Mad Men, «The Better Half» (6×9).

Auguste Comte avait une vision du progrès unilatéral, de l’humanité allant vers toujours plus de raison, passant de l’âge mythologique à l’age philosophique puis à l’âge scientifique. Bien sûr, il admit des exceptions (la philosophie s’étant déployée en Grèce avant la théologie telle qu’il l’entendait je crois) mais il maintenait la pertinence du schéma et des âges de l’humanité.

Aujourd’hui du coup, cette vision est terriblement critiquée et en invoquant des types comme Edward Saïd, on ira jusqu’à dire qu’elles sont impérialistes et colonialistes, l’occident voulant écraser tout le monde dans un grand choc des civilisations pour imposer la démocratie et les droits de l’homme. Toute demande d’amélioration vis-à-vis par exemple de l’islam sera trop teintée de colonialisme pour être autre chose qu’une baffe impérialiste suprémaciste. Si on attend que toutes les civilisations suivent le même parcours que nous on sera déçu et on créera des souffrances inutiles.

C’est d’ailleurs intéressant qu’on associe ça au choc des civilisations alors que ça ressemble plutôt à la Fin de l’Histoire de Fukuyama que Huntington réfutait. (aujourd’hui, Fukuyama suggère de bombarder qui que ce soit qui émerge comme dominant au Moyen-Orient afin de le maintenir dans une paralysie perpétuelle, quel humaniste)

Murtaza Hussein mentionne après avoir dit que les dessins de Charlie Hebdo ne pouvait être considéré comme de l’iconoclasme (parce qu’ils n’étaient pas musulmans) un deuxième souci : les musulmans ne veulent pas de cette satire :

The second problem is that the idea that all societies follow the exact same course towards cultural progress and development is not obviously apparent. The conditions of Europe’s embrace of secularism were historically unique, and there is no guarantee that Muslim-majority countries will follow the same route or end up in precisely the same place. « Europe » is not a natural endpoint, and for better or for worse (and at least partly due to their traumatic encounter with Western powers in contemporary history) many people in Muslim societies have made clear that they want to try and chart a course which preserves some of their differences.  For all the Muslim writers, artists and intellectuals waging battles for freedom today, very few of them seem to be clamoring for the ability to start engaging in crude or sexualized caricatures of the Prophet Muhammad. For some, and I have heard this many times before, « freedom » also means the freedom from suffering insult and humiliation to the things that are most cherished them Furthermore if secularism comes to be popularly defined by, or even associated with, the gratuitous insult and caricature of the Prophet Muhammad or other religious figures, it will be soundly rejected by the overwhelming majority of Muslim people today, including those who support other political and social freedoms.

L’argument, en gros, c’est que les musulmans veulent être protégés des insultes à l’islam à travers la figure de Mahomet ou d’autres figures (à part Dieu, lesquelles sérieux ?) et que si on commence par moquer ça, on risque d’aliéner la tolérance à tout le monde. Autrement dit, la liberté, pour les musulmans, c’est « être protégé des insultes », i.e. interdire les caricatures. Vous aurez le même genre de commentaires gentillet de la part de Miyazaki. A quoi s’attendre venant d’un pays où on peine à comprendre le concept même de Charlie Hebdo ? Ils vous diront bien sûr qu’il ne veulent pas le mauvais rôle de les interdire mais que souhaitent-ils d’autre ?

(Insérez ici un couplet sur le fait que la critique c’est pas pareil que la censure, etc. on sait, l’intention qui compte)

Je ne sais pas si l’iconoclasme est censé être populaire.

Imaginons ça appliqué à un autre combat progressiste : la défense des droits LGBT et particulièrement l’homosexualité. Alors oui, on aimerait bien qu’on arrêt de les tuer, mais la plupart des musulmans homosexuels ne s’identifient pas forcément avec la catégorie d’homosexuels et donc les politiques identitaires LGBT sont inadaptées, et puis les mentalités sont différentes, donc on ne peut pas faire la même chose qu’en Occident. Tout cela est fort bien, mais ça se traduit simplement par le fait qu’on ne peut rien faire : on ne peut pas faire campagne pour l’acceptance des gays, et encore moins pour les autres (je dis LGBT mais il semble au Moyen-Orient y avoir une fixette pour les hommes gays) on ne remet pas en cause la famille hétéropatriarcale, on ne parle même pas de mariage gay, et au final on semble vouloir diminuer les violences mais en touchant le moins possible les mentalités, et si vous prenez les manifestes écrits par al-Qaws, association LGBT palestinienne, tout ce qu’ils disent dedans c’est qu’Israël les opprime et que les droits LGBT d’Israël leurs conviennent pas du tout et que c’est un instrument colonial, et que d’abord ça convient pas du tout aux gays palestiniens. Et puis parler du chantage particulier dont sont victimes les gays de la part d’Israël c’est injuste et ça continue le narratif qui veut qu’Israël soit supérieur de par son statut de havre de paix pour les gays, et ça laisse entendre que nous on est méchants avec. Après ils font d’autres choses, mais leur discours varie peu.

This isolation of sexuality as a discrete site of oppression bolsters mainstream LGBT rights discourses which, historically, make this oppression legible only through the frame of purported Palestinian “homophobia” and Israeli “tolerance.”

In this sense, singling out homosexuality strengthens pinkwashing and, in particular, the specific and false pinkwashing narrative of the queer Palestinian who must remain closeted within their community, living in secret, always worried about being outed, and looking to Israel as the all-powerful, all-knowing entity capable of protecting their queer life and rendering it intelligible. Falling prey to this logic only entrenches a false, racist binary that actively frames Palestine and Palestinians as homophobic versus Israel and Israelis as sexually tolerant and liberal.

En attendant ils organisent leurs fêtes dans des clubs de Tel-Aviv. (la dernière le 13 mars) Expliquez-moi la logique de ce choix, pourquoi organiser une Palestinian Queer Party là si vous ne voulez pas présenter Tel-Aviv comme un havre de paix queer ?

C’est l’argument postcolonial de « mais chez nous, les gens qui sont homosexuels n’en font pas toute leur identité, ils veulent encore avoir une famille », par exemple en parlant des Hausas. Et effectivement, loin de moi l’idée de dire qu’il faudrait suivre le modèle occidental LGBT, lui-même constamment redéfini.

Simplement cette réponse, c’est changer les buts de la conversation. On attaque en disant que les gens qui aimeraient montrer leur affection en public pour des gens de même sexe, vivre avec ceux-ci, ou simplement être ouvert vis-à-vis de leur homosexualité, s’identifier comme gay sont persécutés, et on nous répond « chez nous on fait pas comme ça », sans traiter la douleur évoquée. On a bien remarqué, merci.

Cela ne signifie pas que ces actes sont un pack obligatoire que tout le monde devrait assumer. Simplement ces actions se produisent. C’est un cadre différent, certes, traditionnellement tolérant dans ce sens, certes, mais ceux qui en débordent sont aussi punis.

 

Limite je m’en branle sévère que le monde musulman suive la même course que l’Europe, qu’il fasse tout dans le désordre m’indiffère, mais il serait pas mal qu’il fasse quelques améliorations.

Quand je vois qu’un homme a été décapité pour sorcellerie en septembre 2011 en Arabie Saoudite ; qu’une femme a été mise en garde à vue pour insultes à l’islam en Egypte (pour avoir plaint le sort des animaux sacrifiés pendant l’Aïd) ; qu’un homme a été exécuté en Mauritanie pour apostasie ; qu’un malade mental qui disait être le prophète a été tué dans la rue (après avoir été relâché par la police) au Pakistan ; que Raif Badawi, après avoir échappé au fouet, risque un procès pour apostasie et la mort ; qu’Avijit Roy, blogueur athée, a été égorgé à la machette au Pakistan ; je me dis qu’il y a un léger problème, et qu’il prend sa source dans la condamnation générale des blasphèmes.

Je n’ai qu’à me baisser pour trouver des exemples. C’est peut-être du cherry picking mais force est de constater qu’on nage dans les cerises.

Les débat est peut-être myope parce que plongé dans les caricatures de Mahomet, mais il paraît difficile de nier que la problématique du blasphème dans le monde musulman mérite attention.

Alors j’aimerais bien que ces musulmans modérés nous expliquent comment on va résoudre ce problème, si on ne commence pas par la satire bête, par quoi ? Par courir dans la rue en disant «je suis le prophète» et se faire tabasser ? Si le simple fait de plaindre le sort des animaux pendant l’Aïd el-Adha est passible de trois ans de prison, on est censé faire quoi ? Comment amener plus de tolérance pour le blasphème si la moindre tentative de blasphème va nous aliéner tous les musulmans, est super colonialiste et que si tu le fais sur place, tu risques ta vie ?

Et comment on peut en discuter sereinement si on est enseveli d’articles qui nous disent qu’en Islam le blasphème n’existe pas dans le Coran:

« No, I am not advocating for anti-blasphemy laws at all. In fact, these laws are against the clear teachings of the Koran. There is no punishment in Islam, let alone death, for offending one’s religious sentiments. This is a matter between man and God. As humans, Muslims are commanded to ignore offensive speech, and look the other way in peaceful self-restraint. The Koran describes the believers as those who “walk on the earth in humility, and when the ignorant people address them, they say: ‘Peace’” (25:63). It also commands, “And when they (believers) hear vain talk, they turn away therefrom and say,  ‘To us our deeds, and to you your deeds; peace be to you, we seek not the ignorant” (28:55). Prophet Muhammad’s own example is also a guiding light in this regard. He never punished anyone for offending him or his faith. In fact, he forgave his blood-thirsty enemies when he returned victorious to Mecca, announcing universal amnesty. He also forgave – and led prayers for – the Medinite chief who led a smear campaign against him and his wives. This is why while a handful of extremists called for violence against Charlie Hebdo, the majority of Muslims simply ignored their offense, responding to the abuse of free speech with better speech. » (Kashif Chaudhry, Islam and Free Speech, 4)

« But in fact, the Koran prescribes no punishment for blasphemy. Like so many of the most fanatical and violent aspects of Islamic terrorism today, the idea that Islam requires that insults against the prophet Muhammad be met with violence is a creation of politicians and clerics to serve a political agenda.

One holy book is deeply concerned with blasphemy: the Bible. »(Fareed Zakaria, Blasphemy and the Law of Fanatics)

« The only source in Islamic law that all Muslims accept indisputably is the Quran. And, conspicuously, the Quran decrees no earthly punishment for blasphemy — or for apostasy (abandonment or renunciation of the faith), a related concept. Nor, for that matter, does the Quran command stoning, female circumcision or a ban on fine arts. All these doctrinal innovations, as it were, were brought into the literature of Islam as medieval scholars interpreted it, according to the norms of their time and milieu. » (Mustafa Akyol, Islam’s Problem With Blasphemy)

 

Les mêmes qui diront que les versets de l’Epée ne sont pas représentatifs, que les religions sont formées dans le temps et évoluent, etc. se servent ensuite du silence du Coran sur le blasphème pour exempter l’Islam (et au passage dire que le vrai problème c’est le Lévitique). Farred Zakaria  et Mustafa Akol, il est vrai, dévouent la suite de leurs articles à détailler comment les normes actuelles contre le blasphème sont oppressives, certes, mais je ne crois pas que la teneur du Coran sur le sujet soit vraiment pertinente : dans ce débat, on n’a pas vraiment besoin d’encore plus d’arguments d’autorité en mode « c’est pas dans le bouquin ».

D’autres articles retweetés ad nausem : que les caricatures de Mahomet n’ont historiquement jamais posé problème (iTélé, Charlie Hebdo, la question de la représentation du prophète Mahomet)

« Ce qui est sensible, c’est davantage l’idée de la caricature que l’idée de la représentation. Nous ne trouvons nulle part qu’il y a une quelconque proscription ou une quelconque prohibition ou une quelconque interdiction  de la représentation » Ghaleb Bencheikh

La preuve, des miniatures perses et turques (contextes forts particulier):

Du 13e au 18e siècle, Mahomet était représenté dans des peintures persanes, commandées par de riches mécènes et utilisées « dans un cadre privé pour la dévotion personnelle », explique Vanessa Van Renterghem, historienne spécialiste de l’islam médiéval.

Les musulmans ne sont d’ailleurs pas dupes.

Mais au fil des siècles le visage de Mahomet disparaît. Sa barbe bien taillée et son teint clair sont d’abord dissimulés par un voile puis il est même remplacé par une flamme.

Mais non, vous dîtes n’importe quoi ! Il n’y a aucune forme d’interdiction de quoi que ce soit, on le représente avec un voile de feu devant la gueule pour des raisons artistiques et triviales, voyons, ce qui n’a rien à voir avec le fait de ne pas le représenter !

Vous voulez encore plus obscène et de mauvaise foi ? Dîtes simplement que l’islam a perdu de vue sa propre histoire que vous connaissez bien sûr mieux que les musulmans !

L’un des premiers exemples connus est celui d’un manuscrit daté de 1307. Il est conservé à la bibliothèque de l’université d’Edimbourg et il en existe une copie plus tardive à la Bibliothèque nationale de France. Il s’agit de la «Chronologie des anciens peuples» d’Al-Biruni, grand polygraphe persan de la fin du Xe siècle. Cette histoire du monde présente des événements historiques jusqu’à l’avènement de l’islam. On y trouve des représentations de prophètes et, parmi eux, de Mahomet.

Il en est de même dans «l’Histoire universelle» écrite en arabe par un grand vizir persan, Rashid al-Din, qui était un juif converti. Dans ce manuscrit, on peut voir, entre autres illustrations, la naissance du Prophète. Une autre image montre sa rencontre avec le moine chrétien Bahira qui repère sur lui les signes de la prophétie. Mahomet est également représenté face à Gabriel qui est le vecteur de la révélation divine.

Le Musée du Louvre possède quant à lui trois pages d’un manuscrit de l’époque ottomane, le Siyar-i Nabi, «la Vie du prophète». Le texte a été écrit au IXe siècle et cette luxueuse copie a été réalisée au XVIe siècle pour un souverain ottoman. Sur l’une de ces pages, évoquant «le Miracle des abeilles», on voit Ali, le gendre du Prophète, et son oncle Abbas s’adresser à un groupe de fidèles. Ils sont visage découvert.

Une autre de ces pages, que nous avions montrée en septembre 2012 au Musée du Louvre lors de l’ouverture du département des Arts de l’islam, montre Gabriel révélant à Mahomet la sourate VIII du Coran. Le visage du Prophète est masqué d’un voile blanc. Dans d’autres manuscrits de la tradition ottomane, il est occulté par une flamme ou une auréole dont la présence vient indiquer le souffle prophétique. (Bernard Genies, Représentations de Mahomet, « l’Islam a perdu de vue sa propre histoire » [archive])

L’article n’est plus accessible sans abonnement, mais archivé ici. Remarquez de nouveau : non seulement on évoque les voiles et les flammes dissimulatrices – alors qu’on veut prétendre que la représentation ne pose pas problème ! – mais on évite également d’aborder la question de pourquoi ce sont exclusivement des miniatures perses et turques. Rajoutons cet article de The Economist, celui-ci des Décodeurs du Monde, celui-ci de Konbini. Même les pastafariens s’y mettent. Et les gens en font leur beurre, notamment en sortant le désormais célèbre « c’est l’idolâtrie qui est condamnée ». Non, l’idolâtrie désignerait plutôt la dévotion exagérée et mal placée, ce qui n’est pas en cause ici. Classons ici de même la mauvaise foi de ceux qui prétendent que ce qui engendre ces manifestations c’est l’interdiction de la représentation des êtres vivants. Ah oui, à chaque fois qu’un être vivant est représenté graphiquement, on a des manifestations d’aussi grande ampleur ?

Et tant qu’on y est on va dire que l’Islam ça n’existe pas (parce que c’est multiforme) ou même que l’Islam n’a pas de dimension normative du tout ?

For one thing, it is hard to argue that Islamic texts clearly condemn anything. As any expert of religion would tell you, “Islam”does not say/do/condemn. Semantically, that would require a religion to “speak.”What people often mean when they say that “Islam condemns (fill in the blank)”is that Islamic religious texts (e.g. the Quran, hadith literature, etc.) include guidance on how an individual Muslim should (or should not) act vis-à-vis that subject/topic. (Dominic Bocci sur Muftah)

Oui, l’Islam est variable, ce n’est pas pour autant qu’on peut se permettre de prétendre que rien n’est interdit en Islam.

Et d’ailleurs, il faudrait arrêter de demander à ce que l’Islam s’améliore :

« In the light of adverse politics and history, the surprise is not that modernity has been a tortuous experience for some Muslims, but that it has been adopted so widely and with such success. (Many millions of Muslims live in harmony with the modern values of personal sovereignty and human rights: another self-evident truth in need of reiteration.) With immigration from the Middle East and north Africa to Europe, the Mediterranean culture that ended with the expulsion of the Muslims from Spain in 1492 has been revived. Our world is even more interpenetrated than the communal gallimaufry of the Ottoman empire. Talk of European values that exclude Islamic values will be barren for as long as millions of Europeans regard Islam as an important element in their lives. Talk of teaching them Voltaire is a joke as long as they cannot teach us back. The much-touted choice facing the “Muslim community”, between modernity and obscurantism, between “here” and “home”, is false. Here is home. Life is modern. All we can do is negotiate. » (Christopher de Bellaigue, Stop calling for a Muslim Enlightenment)

S’il fallait une preuve qu’on s’en fout des musulmans progressistes, en fait : on dit qu’il y a toujours eu des musulmans réformistes et éclairés, mais si on pouvait arrêter de souhaiter qu’ils soient vainqueurs, ce serait super, parce que ça met trop la pression en fait.

Et le PIRE, je pense c’est « vous avez totalement raison sur les liens entre ISIS et l’islam mainstream, mais tout de même c’est COMPLEXE » :

ISIS draws on, and draws strength from, ideas that have broad resonance among Muslim-majority populations. They may not agree with ISIS’s interpretation of the caliphate, but the notion of a caliphate—the historical political entity governed by Islamic law and tradition—is a powerful one, even among more secular-minded Muslims. The caliphate, something that hasn’t existed since 1924, is a reminder of how one of the world’s great civilizations endured one of the more precipitous declines in human history. The gap between what Muslims once were and where they now find themselves is at the center of the anger and humiliation that drive political violence in the Middle East. But there is also a sense of loss and longing for an organic legal and political order that succeeded for centuries before its slow but decisive dismantling. Ever since, Muslims, and particularly Arab Muslims, have been struggling to define the contours of an appropriate post-caliphate political model. (The Roots of the Islamic State Appeal)

En janvier, The Atlantic publie une histoire sur l’eschatologie particulière d’ISIS What ISIS Really Wants et affirme que peut-être il faudrait prendre leurs énoncés de croyance au sérieux, cesser de les penser de cyniques comédiens. L’histoire a beaucoup de succès, parce que les gens sont islamophobes, peut-être, mais surtout parce que c’est un des rares à nommer les ramifications de la pensée de l’Etat Islamique dans ce qui est aujourd’hui l’islam mainstream. 

Des réponses de fort mauvaise foi émergent bien sûr, catapultées sans distinctions sur les feux de détresse.

While Wood is correct to push back against the flawed notion that Islamic State has absolutely no relation to Islam, he neglects to engage the predominant view that the group embodies one of the heretical versions of the religion that have cropped up periodically throughout history. (Murtaza Hussein, The Atlantic Ignores Muslim Intellectuals, Define True Islam as ISIS)

Ah oui, ISIS c’est la réincarnation des Kharijites. J’en peux plus de lire ces conneries, surtout si c’est pour lire cinq minutes après qu’en fait c’est de la faute de Guantanamo et des Américains.

Dans le même genre, How Islamic Is The Islamic State ? Pas du tout, répond Mehdi Hasan dans le New Statesman :

In a wide-ranging report, Mehdi Hasan writes that Islamic State’s motives are political, not religious.

Asking if Isis is « a recognisably ‘Islamic’ movement » with « recruits motivated by religious fervour and faith », Hasan consults a range of experts, including the forensic psychiatrist Marc Sageman, who has spent years trying to understand the extremist mindset. Sageman tells Hasan that it isn’t religious faith but a « sense of emotional and moral outrage » which propels people to venture into war zones, and notes that today « Orwell would be [considered as foreign fighter like] a jihadi ».

« Religion has a role but it is a role of justification. It’s not why they do this [or] why young people go there. »

Isis members, he says, are using religion to advance a political vision, rather than using politics to advance a religious vision. « To give themselves a bit more legitimacy, they use Islam as their justification. It’s not about religion, it’s about identity . . . You identify with the victims, [with] the guys being killed by your enemies. »

Hasan speaks to Richard Barrett, the former director of global counterterrorism operations for MI6, who subsequently led the al-Qaeda and Taliban monitoring team at the United Nations. He says that although we « should not underestimate the extent of their belief », Isis is « mostly to do with the search for identity » and « belonging », rather than religion:

« The Islamic State offers all that and empowers the individual within a collective. It does not judge and accepts all with no concern about their past. This can be very appealing for people who think that they washed up on the wrong shore. »

Hasan also interviews the former militant Mubin Shaikh, who explains how studying Islam helped him leave his violent views behind:

Shaikh argues, « The claim that Isis is ‘Islamic’ because it superficially uses Islamic sources is ridiculous, because the Islamic sources themselves say that those who do so [manifest Islam superficially] are specifically un-Islamic. »

Hasan concludes:

Religion plays little, if any, role in the radicalisation process, as Sageman and countless experts testify. It is an excuse, rather than a reason. [. . .] To claim that Isis is Islamic is egregiously inaccurate and empirically unsustainable, not to mention insulting to the 1.6 billion non-violent adherents of Islam across the planet. Above all else, it is dangerous and self-defeating, as it provides Baghdadi and his minions with the propaganda prize and recruiting tool that they most crave.

ISIS ne sont pas musulmans parce qu’ils utilisent superficiellement des sources musulmanes, ce qui est condamné par lesdites sources musulmanes ! Le Coran n’est pas à blâmer pour ISIS : encore une fois on fait l’équivocation entre le Coran et l’Islam comme si tout était contenu dans le texte et qu’il n’y avait aucun facteur d’interprétation. Sous prétexte de s’exempter, on pense comme un fondamentaliste: si ce n’est pas dans le Coran, ce n’est pas musulman. Notons en passant qu’on peut littéralement dire de n’importe quel musulman qu’il n’est pas musulman s’il ne correspond pas à la version fantasmée de ce que prescrit le Coran d’après Mehdi Hasan vu qu’il serait alors un poseur superficiel. Tu veux que les femmes héritent du même montant ? Pas islamique. Tu veux que les prières soient mixtes, que les homosexuels soient tolérés ? Pas islamique.

C’est idiot et ça oublie les parts très ancrées dans les traditions musulmanes que ISIS récupère. Par exemple, ISIS aurait communiqué que pour eux il était légitime de marier des filles aussi jeunes que neuf ans. Cela fait écho à une tradition très fortement ancrée que Aïcha aurait épousé le Prophète à 6 ans et qui aurait emménagé avec lui à 9 ans. Malgré le caractère répandu de l’histoire, les mariages enfantins restent très rares dans le monde musulman, mais ça n’empêche pas certains puissants de se complaire dedans. Nul ne prétend qu’il n’y a pas de pédophilie en Occident, mais on tend à moins l’institutionnaliser.

Il est probable que sa jeunesse ait été exagérée. Par ses partisans pour montrer qu’elle connaissait le prophète depuis son plus jeune âge ? Par ses adversaires, pour la montrer jeune et irresponsable ? Simple erreur de calcul, sa date de naissance passant de 8 ans avant l’hégire à 8 ans avant la prophétie ? Toujours est-il qu’on trouve dans la Sunnah de multiples informations qui tendent à contredire le narratif de « Aïcha mariée à 9 ans » ou qui emménage à 9 ans avec le Prophète.(réfutation en deux parties par Iyad el-Baghdadi)

Mais ça n’empêche pas que des tas de musulmans, de bonne foi, croyent qu’Aïcha fut mariée à 6 ans, au Prophète. Ils relativiseront (c’est l’époque), justifieront (c’était pas un mariage concupiscent) et expliqueront le fait, mais le tiendront pour acquis.

Et ISIS en tire parti.

Mais certains justement, comprennent que si tu veux montrer qu’ISIS n’est pas islamique, il font montrer ce qu’est l’islam, ainsi

Islam clearly admits a great diversity in spirituality, jurisprudence and theology. But religious authorities – jurists, theologians, spiritualists – have also traditionally been careful about uniting that pluralism within a harmonious prism. That prism has systems of interpretation — systems that ISIS and its cohorts reject — and therein lies an important part of the puzzle.

At the root of such systems is the sanad, or the “chain.” Contemporary exemplars of this tradition take great pride in being able to say that any text they teach in the religious sciences is a text that they have read with someone, who read it with someone, who read it with the author of the text, who would have read previous texts with someone who read… and so on and so forth, back to the Prophet himself in the 7th century. That basic ability to show a certain historical pedigree was vital in networks of Muslim religious authority, at least until quite recently. For adherents to those systems, even a degree in a university — let alone self-study — would by itself be insufficient to establish the qualification to interpret even secondary texts, let alone the primary one, the Qur’an.

These are rather complex systems of establishing religious authority via processes akin to academic peer review. Indeed, parts of these systems of transmission, especially with relation to jurisprudence, have become crystalized in various curricula and schools of law (madhahib) – even inspiring the modern Western university, according to historians such as George Makdisi. These systems do not simply establish the transmission of texts between successive generations, but also the understanding of those texts, and a methodology — or minhaj — for understanding the primary and secondary texts.

Modern radical tendencies within the Muslim community do away with such systems. For them, the Muslim community has gone awfully wrong – and they’re going to put it right. In short, they create a do-it-yourself kit of interpretation. (This stupidity needs to end, why the Atlantic and New York Post are clueless about Islam?)

et, déjà cité

But just as a failure to recognize this fact may represent the bias of a Western observer, there is also a glaring bias in dismissing or ignoring the great mass of established and recognized religious scholars of Islam in the Muslim world whose theological conclusions are starkly at odds with the radical revisionism of Islamic State. 

Indeed, there are actually people alive in our modern world who have spent their entire lives studying and practicing Islam in conjunction with philosophy, history and linguistics, and who also take seriously the idea of being “very Islamic.” They also happen to represent an established tradition of mainstream religious scholarship which millenarian groups like ISIS have made it their stated mission to eradicate.

One prominent example of this is the “Letter to al-Baghdadi,” in which some of the most prominent Islamic scholars in the world condemned the actions of ISIS on a purely theological basis as representing a heretical version of Islam. Far from being a reflexive or apologetic statement, the arguments contained therein are grounded in long-established precepts of religious jurisprudence intended to prescribe the rules and bases of personal and social conduct for practicing Muslims.  (Murtaza Hussein, The Atlantic Ignores Muslim Intellectuals, Define True Islam as ISIS)

Autrement dit, les modes de production et de renforcement traditionnel de la norme théologique ne menaient pas à de tels crimes, si seulement on était resté avec des vrais théologiens, des vrais scoliastes, des vrais juristes, on aurait pas ces problèmes. Le consensus était auparavant bien plus modéré et subtil.

Regardons des scholars, regardons des ulémas, regardons des grands muftis, délaissons les « google sheikhs » !

Prenons le Jihad. Que disent chacune des grandes écoles ?

Les chaféites ?

the caliph must ”make jihad against those who resist Islam after having been called to it until they submit or accept to live as a protected dhimmi-community – so that Allah’s rights, may He be exalted, be made uppermost above all [other] religion.
« …The mushrikun [infidels] of Dar al-Harb (the arena of battle) are of two types: First, those whom the call of Islam has reached, but they have refused it and have taken up arms. The amir of the army has the option of fighting them…in accordance with what he judges to be in the best interest of the Muslims and most harmful to the mushrikun… Second, those whom the invitation to Islam has not reached, although such persons are few nowadays since Allah has made manifest the call of his Messenger…it is forbidden to…begin an attack before explaining the invitation to Islam to them, informing them of the miracles of the Prophet and making plain the proofs so as to encourage acceptance on their part; if they still refuse to accept after this, war is waged against them and they are treated as those whom the call has reached…
« Moreover as continual perseverance in fighting is among the duties of jihad, it is binding until one of four things occur:
« First, they (the enemy) become Muslims, in which case they receive the same rights as us, become responsible for the same obligations as us and they are allowed to retain any land and property they possess. The Messenger of Allah, may the peace and blessings of Allah be upon him, said, « I have been commanded to fight people until they say, `No god but Allah.’ If they say this, then their blood and their property are safe from me-except when there exists another legitimate reason. » Their country becomes part of the Territory of Islam when they become Muslims during the battle-be they small or great in number-any land or wealth belonging to them in the battle-zone remains theirs. If the amir conquers the battle zone he cannot take the wealth of those who have accepted Islam. (Al Mawardi (972-1058), Al-Ahkam As-Sultaniyyah)

Et les malékites ?

[Jihad] It is a technical term for the Muslim fighting the unbelievers who have no treaty with the intention of elevating the word of Allah or presenting Islam. (‘Abdullah ibn Abi Zayd al-Qayrawani (922-996) A treatise on Maliki Fiqh [pdf], Chapter 30: On Jihad,  30.1 Its meaning)

Et les Hanéfites ?

The 11th century Hanafi scholar Sarakhsi adopted Shafi’i doctrine of war which was first to justify, in Islamic theory, that the proper reason to wage war, jihad, on unbelievers, was their disbelief (kufr).[30][31] War must be waged, Shafi’i scholars stated, not merely when the unbelievers attacked or actively started a conflict with Muslims, but the unbelievers must be attacked « wherever Muslims may find them », because they are unbelievers. Hanafi scholars, such as Sarakhsi in his Kitab al-Mabsut, accepted this theory and ruled that Muslims must fight the unbelievers as « a duty enjoined permanently until the end of time ».[30] Similarly, Hanafi texts such as Al-Hidayah based on Al-Quduri’s Mukhtasar states,

Fighting unbelievers is obligatory, even if they do not initiate it against us.

– Aḥmad ibn Muḥammad Qudūrī, 11th century Hanafi scholar[32]

The rationale for holy war against unbelievers set by early Hanafi scholars continued for many centuries. For example, Ebussuud Efendi of 16th century, provided ideological framework to Ottoman Sultans to raid and attack non-Muslim territories for holy war.[33] However, this historical interpretation and justification for jihad and unprovoked war from Quran and Hadiths, has been challenged by some modern Islamic scholars.[34]

Les Hanbalites, nul n’en doute, mais bon :

Ibn Taymiyyah was noted for emphasis he put on the importance of jihad. He wrote that, « It is in jihad that one can live and die in ultimate happiness, both in this world and in the Hereafter. Abandoning it means losing entirely or partially both kinds of happiness. »[93]

He gave a broad definition of what constituted « aggression » against Muslims and what actions by non-believers made jihad permissible. He declared

« It is allowed to fight people for (not observing) unambiguous and generally recognized obligations and prohibitions, until they undertake to perform the explicitly prescribed prayers, to pay zakat, to fast during the month of Ramadan, to make the pilgrimage to Mecca and to avoid what is prohibited, such as marrying women in spite of legal impediments, eating impure things, acting unlawfully against the lives and properties of Muslims and the like. It is obligatory to take the initiative in fighting those people, as soon as the Prophet’s summons with the reasons for which they are fought has reached them. But if they first attack the Muslims then fighting them is even more urgent, as we have mentioned when dealing with the fighting against rebellious and aggressive bandits. »

Il y a effectivement la construction d’un « grand Jihad », pacifiste, intérieur, etc. mais je crois qu’on ne peut pas vraiment douter de l’ancienneté et de la popularité du concept du jihad guerrier.

Et si vous prétendez qu’aucune de ces figures d’autorité n’est un uléma répondant à vos souhaits, élevé en liberté sans antibios, alors vous reconnaîtrez que nous avons ici une religion fort mal guidée et prétendre que s’ils étaient tous magiquement remplacés par vos fantasmes d’ulémas parfaits tout irait mieux ne nous aide pas beaucoup. Mais ces ulémas médiévaux sont trop vieux pour être cités au tableau (comment oserais-tu juger une autre époque avec nos standards ? Anachronisme !) et les récents, on dira qu’ils ont rompu avec une tradition pacifique ou que c’est la faute du colonialisme. Alors que justement, c’est le propre d’une école de pensée et d’un système de transmission comme celui-ci : la continuité.

Ces idées ne datent pas du colonialisme, elles ne datent même pas des croisades même si bien sûr elles les voient renforcées.

Il me semble que c’est le même argument que les réactionnaires qui voient les nazis comme révolutionnaires ou socialistes. Ils prétendent qu’ils enjambent des processus qui devraient être naturels pour imposer un certain ordre, ce qui corrompt l’intention.

Quand ils disent qu’il y a des systèmes complexes de production de la théologie sans expliciter en quoi cela change quoi que ce soit à ces propos, ils ne font que les mettre sur une étagère qui nous est inaccessible. Pendant des siècles, des scoliastes, juristes et théologiens ont cité les « Versets de l’Épée » pour justifier la violence politique à l’égard des non-musulmans, mais si tu pointes ce fait aujourd’hui, tu es un salaud qui les cite hors contexte et qui ne comprend rien à la théologie. Amusant que toutes ces pointures fondatrices n’y connaissent pas plus que nous et fassent la même erreur de citation sélective et hors contexte.

 

Mais effectivement, au sein des 1.6 milliards de musulmans dans le monde,  il y a des musulmans progressistes, des musulmans critiques de ces structures oppressives. Comment sont-ils traités ?

Très mal, à commencer par les musulmans qui se veulent le plus progressistes.

Si tu oses critiquer l’islam, de près ou de loin ? Tu es un vendu, un salaud, qui nourrit la machine islamophobe avec tes clichés racistes. Et on va te relayer à mort, parce que forcément tu es concerné. On voit ainsi des blancs, convertis, qui n’ont jamais connu de pression religieuse venant de leur famille, qui ont pu choisir leur religion comme à un buffet et qui viennent traiter les musulmans critiques d’Oncle Toms, de « native informants » qui corroborent le système raciste, qui ont internalisé l’islamophobie. Quilliam ? salauds financés par l’argent mirobolant de l’athéisme international (par contre CAGE vient de perdre 3 millions de financement de ses sponsors, mais eux c’est des opprimés), qui contribuent effectivement à opprimer les vrais musulmans, qui s’allient avec l’extrême-droite, que personne n’aime parmi les vrais musulmans, qui remportent le prix d’islamophobes de l’année, dont on prétend que les fondateurs ne sont plus musulmans pour la blague, quand l’apostasie selon les circonstances pourrait leur coûter leur vie

Riad Sattouf ose parler de son enfance malheureuse en Syrie et en Lybie ? Il aurait mieux fait de parler de la cuisine de sa grand-mère et de la solidarité organique des familles arabes ! Remplaçons l’autobiographie par de l’orientalisme bienveillant.

Les filles qui ont mal vécu qu’on les voile, qu’on les enferme ? Des vendues minaudières en quête de Best-Seller qui souscrivent au pathos de l’immigration, écrit Rokhaya Diallo.

Une pakistanaise veut parler du sort des femmes musulmanes et se plaint que les gauchistes n’en parlent pas assez ? Elle veut sans doute justifier la guerre totale au Levant et sa « fucked up politics » !

L’Etat Français, l’Occident, sont supposés sources exclusive ou première de malheur. La famille musulmane, opprimée par ceux-ci, ne pourrait en aucun cas avoir un pouvoir de nuisance suffisant pour qu’on en parle. Si on en parle, c’est uniquement pour ravitailler l’oppression islamophobe. Encore pire, quand les gens qui vous engueulent quand vous faîtes ainsi sont des gens qui n’ont simplement rien à voir avec l’islam et vous font du beau kuffarsplaining expliquant la beauté de cette religion de paix, niant votre vécu.

Je crois que ce qui me semble le plus hypocrite dans tout cela c’est de faire comme s’il y avait une demande du « système » pour un discours critique de l’islam ou anti-islam, venant de musulmans ou ex-musulmans pour la légitimité, mais qu’il n’y avait aucune demande pour le discours contraire, à savoir le « pas d’amalgame », l’islam est une religion de paix, etc. Maajid Nawaz est effectivement brandi comme un islamiste repenti par des médias qui voudront dénoncer l’islam en bloc, mais Reza Aslan ne fait-il pas face ? Murtaza Hussein, journaliste à The Intercept ne vend-il pas le narratif inverse, allant jusqu’à insulter la mégalomanie de Nawaz ? L’audience ridicule accordée à CAGE qui prétend que Jihadi John était un pauvre opprimé forcé dans le djihad par un gouvernement oppressif (parce qu’on lui a refusé un visa) ne parle-t-elle pas d’elle-même ? S’il fallait refuser le statut de musulman à tout ceux qui se garantissent un cul au chaud par leurs discours, il restera plus grand-monde. On aime peut-être bien lire des (ex)musulmans parler pour ou contre l’islam tout simplement parce qu’ils ont quelque chose à perdre dans le débat, et qu’ils le connaissent mieux. Ca ne changera pas, ça ne changera jamais, et il ne faut pas s’attendre à ce qu’on arrête d’en trouver dans les deux camps qui se tirent dans les pattes.

On va même aller encore plus loin :

Vous n’avez aucun impact significatif dessus et moi non plus, mais on peut peut-être sauver quelques âmes.

 

 

 

Ca ne vous suffit pas ? Rajoutons les musulmans progressistes qui se tirent dans les pattes pour littéralement rien.

Iyad el-Baghdadi dit qu’il faut parler des musulmans et de leurs actions mais pas d’Islam en général, car dire l’Islam est X ou Y conduit à l’essentialiser et à déresponsabiliser : il faut pointer les individus.

Aliyah Saleh (@NiceMangos) dit au contraire qu’il faut parler d’Islam mais pas des musulmans, parce que l’Islam est une idéologie qui peut mal tourner, mais qu’il y a plein de musulmans très biens qui n’ont jamais rien fait de mal et qui n’ont succombé que partiellement à cette idéologie.

Ces deux personnes me semblent avancer des arguments convaincants, qui me convaincraient si ce n’était que je m’en fous complètement : on s’enferme dans du puritanisme bancal sur qui utilise les bons mots pour gagner des points alors qu’on sait très bien de quoi on parle. Peu importe qu’on parle d’islam ou de musulmans, peu importe que les islamophobes parlent d’islam ou de musulmans, on sait très bien de quoi on parle.

Je pense que dans tout cela, il n’y a pas tant de faussetés, mais plutôt, il faut distinguer ce qui est prescritptif et ce qui est descriptif.

 Prescriptif vs. Descriptif

Chameleon_X a écrit un long article sur le vers 4:34 du Coran, souvent cité comme preuve de l’autorisation de battre sa femme, il argue, philologiquement, que prendre le verbe DRB dans le sens de frapper (son sens premier) ne fait pas ici sens, si on regarde les vers d’avant et d’après.

Ainsi NiceMangos l’attaque en disant qu’il raconte n’importe quoi et que ces vers sont violents.

Il répond que c’est elle l’apologiste islamophobe, qui valide la vision des islamistes en s’accordant avec eux sur le sens de ces vers.

etc.

Je crois que Chameleon_X nous donne une porte de sortie émique, du point de vue des croyants, c’est une interprétation théologique qui se tient. Mais pourquoi est-elle si peu répandue ? Pourquoi si peu de théologiens à travers les siècles ont pointé cela ?

Probablement à cause de l’organisation sociale dans laquelle ils vivaient et où cela faisait sens de battre sa femme. Et c’est là qu’entre en jeu le souci de NiceMangos : peu importe que par ta sophistique tu prouves que ces vers ne sont pas violents, ils sont pris comme tels et servent encore aujourd’hui à justifier pareils comportements. Et d’ici que Chameleon_X convainque tous les musulmans du monde avec son petit PDF en anglais, la situation des femmes ne va pas s’améliorer. Ce n’est pas parce que vous prétendez tout que ce qui vous dérange est une déviation de la VRAIE PRATIQUE que ces pratiques nocives disparaissent. Vos prescriptions sur ce que l’Islam devrait être ne changent rien à ce qu’il est là maintenant. Après tout, même ISIS écrit de longs documents pour dire que les femmes ne sont pas battues :

« Criminals do not assail women, the document says, for fear of the consequences from ISIS enforcers: « Now, women can wander in souqs and go on pilgrimage without falling foul of criminals, because the perpetrators would face painful punishments. » On a similar note, the manifesto also encourages men to criticize and « vilify » other men who beat their wives. »

De l’autre côté tous les ulémas du monde mondial ont toujours lu DRB comme étant « frapper ». Ne devraient-ils pas avoir une meilleure connaissance du sujet, et mieux comprendre l’arabe, etc. ? Ainsi si on lit le commentaire du Coran par Tabari, éminemment respecté, il souscrit effectivement à l’interprétation « frapper » :

IMG_3115

IMG_3116

Il cite à ce titre un hadith rapporté par Ibn Abbas  (et 17 autres, dont Sulayman bin Amr (Ibn Majah, 9:1924))  qui affirme justement que les coups doivent être modérés, litt. pas brusques [غير مبرح]. Ce qui montre bien qu’on parle de coups ? Il me semblerait étrange qu’on applique le terme à une séparation. Le siwak est un truc pour se brosser les dents.

Que dit Mawdudi, commentateur respecté ?

Mawdudi

Que dit Ibn Kathir ?

k1 k2 k3 k4

Tiens donc, ils parlent tous de coups bien physiques. Est-ce que Chameleon_X va prétendre qu’on parle d’une séparation tellement violente qu’elle laisserait des marqus sur le corps desdites femmes ?

 

L’interprétation de Chameleon_X n’est pas neuve, dans The Veil and the Male Elite, Fatima Mernissi attaquait déjà cette chaîne de transmission rigide dont la répétition aveugle aboutissait selon elle à reproduire ces schémas de domination.

 

En somme, on aimerait tous que jihad ait un autre sens que celui qu’il a maintenant, mais il a ce sens maintenant et le nier quand on essaie d’en parler nous rend le discours infernal.

Exemple ultime, qui prétend que l’entièreté de l’idéologie djihadiste s’est fondée sur une faute d’impression

Now, I want to close and end this is by saying one of the greatest problems is we have what I call Shaykh Googles’; ‘Weekend Muftis’. We have now a loss of authority in our tradition. This has led to people like, what they call Shaykh bin Laden. Somebody called me up on a recent Arabic programme and said: ‘What do you think of Shaykh Osama Bin Laden?’ And I just said, first of all, what do you want from the question? Do you want me to be, if I answer ‘oh, he’s a great guy’, to be in Guantanamo Bay tomorrow? [AUDIENCE LAUGHTER]. I mean, is that kind of the idea? Or, what you want is that, you know, I think he’s terrible? But, who made him a Shaykh? Really. Who made Shaykh Osama bin Laden a Shaykh? Osama bin Laden is an accountant [APPLAUSE]. Ayman al-Zawahari was a paediatric surgeon. And these people are giving fatwa from caves in Afghanistan telling people to kill people.  [00:59:24-7]

Now, their fatwa is based on a famous fatwa from Mardin. The fatwa that killed Anwar El Sadat is the same fatwa. My Shaykh and teacher, Shaykh Abdullah bin Bayyah, recently held a conference in Turkey in the city of Mardin, which is where the fatwa, was..the fatwa was addressing an issue in that city. The fact that the ruler of that city was a Muslim but not applying Islamic law, and he was under the influence of the Moguls who were not Muslim at that time. He was asked, is this an abode of war or an abode of peace? He said, it’s neither one or the other. It’s a hybrid because it doesn’t have the qualities of the abode of war; it doesn’t have the qualities of the abode of peace. And then he said something very interesting. He said, therefore, the believer should be treated in accordance with the fact that he’s a believer, and the disbeliever should be fought: ‘yoqatalo al-kharij ‘an al-sharia be-ma yastahiqoh’.The disbeliever should be fought because he’s left the Sharia, and as he deserves to be. Now, Shaykh Abdullah bin Bayyah, when that fatwa was read in Mardin, he said that can’t be right, the text.

The ‘uluma’ that were in the audience – some of them the biggest ‘uluma’ in the Muslim world -all said SHAYKH, don’t change the fatwa. It’s Shaykh al-Islam’s fatwa. We can address the problems of the fatwa, but don’t change the text of the fatwa. Shaykh Abdullah bin Bayyah insisted. He said, no. Something is wrong with that text. It doesn’t work in the Arabic language like that. When he got back to Jeddah, he went to another text and found that it did not say that the one who left the Sharia should be fought. It actually said, instead of ‘yoqatalo’, it said, ‘yo’amalo’. He should be treated in accordance with him being a disbeliever. In other words, there are many rules that relate to disbelievers. Then he asked for the oldest copy in the ‘Zahiriyah maktaba’ in Damascus, and it came back saying, in fact, that he should be treated, not killed, or fought. That fatwa was published a hundred years ago and has been replicated in countless editions of his ‘fatwas’, saying that they should be fought. That is the basis of Abdul Salam Faraj’s ‘fatwa’ to kill Anwar El Sadat. It was the basis of bin Laden’s fatwa to kill the Americans, and also to overthrow the house of Saud in Saudi Arabia. It’s a misprint. They’ve based an entire philosophy on a misprint in a text that occurred a hundred years. This is a crisis in our community: the crisis of authority. Who can read these texts and who can determine what they mean? Thank you very much. » (Cheikh Hamza Yusuf Hanson, Rethinking Islamic Reform)

Quand bien même cette fable serait vraie, ça nous fait une belle jambe ? Je suis à peu près certain que Ben Laden aura trouvé d’autres morceaux de théologie pour justifier son combat. Dans le même registre, ça nous fait une belle jambe que « en fait djihad ça veut dire le combat intérieur méditatif de la sérénité » quand d’autres gens lui donnent un sens bien plus concret.

Salafist ducking

Même registre, des salafistes qui nous expliquent que la solution à l’islam radical, c’est ? Plus d’islam bien sûr ! Mais leur Islam parfait du monde des idées dont aucun mal n’émane jamais :

On part of the solution is the authentic Islamic education of the Muslims – otherwise they will continue to be misguided and acting against the wishes of the Prophet (pbuh) and the teachings of the Quran. Either out of Nordic pragmatism or enlightenment, nations like Finland have long funded this. Britain has responded with paranoia, witch-hunts and PREVENT. Anyone would think that the powers that be do not wish to either Muslims, or non-Muslims, well informed about Islam. If that was what you wanted, maintaining the ignorance and providing disinformation is precisely what you would do. An Islamic re-education and a return to the Light, can only be lead by Muslim scholars and educators who seek to reform our knowledge, intellects and the Muslim heart. That is the model of reform within Islam. The processes and systems are in-built, they do not need to be created. They merely need to be supported. Reform has never come from the likes of the Sam Harris funded McCarthyist Quilliam Foundation, or hate preachers like Hirsi Ali, faux reformists like Zuhdi Jasser, or Tom Holland, Islamophobes like Douglas Murray and his ilk. It never has and never will. Reform of our hearts and minds will come from within the Muslims. The texts are not in need of reform. If a child cannot read a book, we do not rip out the pages of the book; we educate the child. Reform is certainly needed of Muslims. The heart is considered the centre of human consciousness in Islam, from which all healthy and peaceful behaviours radiate. If people are not at peace, how can they ever live in peace? (Mo Ansar, Liberté, Charlie Hebdo and Islamic Reform [entretemps, le site de Mo Ansar a été déplacé, et l’article se trouve donc ici])

« Unfortunately, due to the ignorance of many in the Muslim world, this misrepresentation of Islam by the people and the rulers lead many believe, and lead others to believe, that this is the best Islam can do. Many people apostate from Islam, become Secular Liberals, and look towards the West – because they see the anarchic state to which the Muslims wallow in. What they don’t realise is that what caused them to be in such a state is due to, not just the absence of the Islamic mindset, but the absence of Wisdom and the absence of actual Islamic government. Islam is actually the untried solution, yet due to these misrepresentations, many think it can’t work, despite the fact that the Muslim world has experimented repeatedly with Secular Liberalism, Fascism and Communism – leading to spectacular failures each and every time.

Where do the Terror groups come from?

Many Muslims like to blame terror groups on one sect of Islam (those who usually do this, do so for their sectarian reasons), or they blame these groups on people who desire a holistic Islam (usually as a pathetic attempt to call for Secularism and reformation) or an old prophesy of the ‘Khawarij’ (despite the fact that the Khawarij fought the Islamic Caliphate, and many of them even rejected it as an obligation. They never fought to establish it!).

But, however, the awful and unfortunate truth is, the terror groups that rise up and aim for power, and kill, torture and take hostages come from the same Jahil mindsets that pervade the Muslim world, and ARE NO DIFFERENT from them. What makes them different could be that they have undergone a particular set of extreme experiences that led them to, with their mindset, undertake extreme, unIslamic actions. Just compare them to the governments of the Muslim world and you’ll see the same patterns. » (Abdullah Al Andalusi, Who causes the worst misrepresentation of Islam ?)

Ironique que les deux soient d’ailleurs le prototype même des « Shaykh Googles » et « Weekend Muftis » dénoncés par Hamza Yusuf Hanson comme une des causes du problème : des types qui un jour se sont affublés de parler pour tous les musulmans pour toujours et depuis piaillent contre tout, principalement tout ce qui est libéral, progressiste, multiculturel, la vraie solution étant l’islam.

Parlons un peu de Abdullah l’Andalous, cette outre à pus suintant l’hypocrisie. Ce type est un exemple ambulant d’à quel point l’argument « double standard » peut mener à n’importe quoi. En effet, c’est une stratégie rhétorique qui repose sur la désapprobation de la personne à combattre : tu condamnes la violence des islamistes ET POURTANT tu ne condamnes pas la violence de l’Occident. Et la personne mise en demeure de le faire devrait condamner les deux, mais celui qui brandit l’argument n’a pas à croire un mot de ce qu’il dit : il ne s’agit que de mettre quelqu’un en face de ses contradictions. Et plutôt que d’éradiquer l’hypocrisie occidentale, il semble s’en servir pour cultiver la sienne.

Et quoiqu’il se plaigne que l’Islam soit méconnu, chaque fois qu’il est interrogé sur quoi que ce soit, parle-t-il d’Islam ? Non, parce qu’il sait quel dégoût il recevrait, il ne fait que parler des méfaits de l’Occident. Il a ainsi comparé, notamment :

Hearing him talk so passionately one would think that Mr Al-Andalusi was a disciple of wholly consistent non-offensive speech. That someone who crafted the majority of his points out of a disgust for hypocrisy would take great care not show such hypocrisy himself. He didn’t. At one point during the Q and A, he made a comparison between the murderers response of the Charlie Hebdo attackers with Bosnian armed resistance to genocide.  This was jaw droppingly offensive by any semi-objective standards.

Such remarks are made all the worse when considering his second point, that European Muslims are a marginalised community. Again, this is one I wholeheartedly agree with him on. However I ask you, is it not beneath contempt that someone enters a place of learning and argues that free speech is used as a tool to offend a marginalised community, and then uses his free speech to offend and to further marginalise a subset of that community? A subset that didn’t just suffer discrimination, but an actual attempted genocide no less. If this isn’t hypocrisy I don’t know what is. (The Inevitable Hypocrisy of Free Speech and Abdullah al-Andalusi)

Pourtant, une caricature du prophète ou l’épuration ethnique ne requièrent pas, vous l’admettrez, les mêmes réactions.

Et il persiste dans l’affront en demandant What if the Muslim world treated non-Muslims as the West treats Muslims?

Sérieusement.

5) Some Muslim countries then enact laws that churches can’t be built with steeples (mirroring the Swiss ban on Minarets upheld by European Court of Human ‘Rights‘), or if they are allowed in other Muslim countries, Christians find it hard to get approval for planning permission from the local council because the local community ‘feel uncomfortable’ with churches being in the area. Or the excuse of ‘parking concerns’ and ‘disruption to traffic’ are citing for the reason churches couldn’t be built.

6) Churches and the offices of Secular Liberal advocacy groups are regularly burnt down, vandalised, defaced or broken into continually by angry vigilante members of the public, incited by the constant publication of anti-Christian and anti-Liberal Media news stories. If any one complains about the media’s slanted bias, they are used as ‘more examples of how Christianity and Liberalism wish to silence other people’s rights to express their opinions’. The politicians of the Muslim governments decry the attacks on Churches and Liberal offices, but do nothing more beyond condemnations.

7) Muslim governments pass laws banning Churches or Secular Liberal advocacy groups from being funded by any foreign states or agencies [e.g. like the recent Austrian law]

Oui, les chrétiens ont la vie tellement facile ces temps-ci. Mettons ça en perspective, rien que ces derniers jours :

Student Collins Wetangula said when the gunmen entered his hostel he could hear them opening doors and asking if the people inside were Muslims or Christians, the AP news agency reports. « If you were a Christian you were shot on the spot. With each blast of the gun I thought I was going to die, » he said. (BBC)

«Le Kenya est en guerre avec la Somalie (…) nos hommes sont encore à l’intérieur et se battent, leur mission est de tuer ceux qui sont contre les chebab», a déclaré un porte-parole du groupe islamiste, Cheikh Ali Mohamud Rage, revendiquant l’opération. Selon lui les assaillants ont libéré les musulmans et gardé les personnes d’autres confessions en otage. (Le Figaro)

Ah tiens, non, ils semblent majoritairement chrétiens.

Enfin bref, rappelons de ce que nous disait l’Andalous, vous arrivez à imaginer que les musulmans traitent mal les chrétiens ou les athées ? Pfouh, imaginez seulement.

Il a également affirmé à plusieurs reprises que l’islam ne justifiait pas le terrorisme, mais que c’était le « liberalism » (progressivisme, gauchisme) qui promouvait réellement ça, allant jusqu’à dire que le vrai problème d’Al Qaida c’est les éléments modernistes, sécularistes et progressistes en son sein. Oui, tout à fait :

Now Mr Kishere continues to misrepresent one of my points, he claims I argue that Osama Bin Laden was a Liberal – I do no such thing, I merely argued that Osama’s military tactics ADOPTED Liberalism’s (aka the West’s) military ethics. Go and read about Osama’s own words and judge for yourself whether Osama is following ‘Islamism’ or Liberalism in his reasons for his military tactics. Terrorism, the deliberate targeting and killing of civilians in times of ‘supreme emergency’ IS A LIBERAL BELIEF (Read more on the Liberal doctrine of the ‘Supreme Emergency Exemption’).

I simply point out that the reasons Osama gives for resorting to terrorism are INDISTINGUISHABLE from the arguments of mainstream Liberal philosophers, like John Rawls, Michael Walzer et at who argue that to save a people from enslavement, genocide or ethnic cleansing, ‘Political Liberalism offers the supreme emergency exemption’ [from normal morality!]. Osama felt he was waging a defensive war, and throughout all his writings he cites as his *sunnah* (source of emulation), the U.S. and UK. He argues that Muslims have to COPY the West!! I’m sorry, but its my duty as a Muslim to refute his grotesque conclusion and his grotesque (borrowed) methodology. If anything, the only ideology that justifies terrorism, is Liberalism – it seems Liberals psychologically project themselves onto others. You see, one of the reasons I’m not a Liberal, is because I simply can’t subscribe to an ideology that justifies Terrorism. (source)

In conclusion, I posit, that the problem with the Muslim world, is not just shallow thinking and backwardness (which occurred due to the Islamic civilisation peaking in 1500 and becoming gradually lethargic thereafter), but also the adoption of Western Secular Liberal philosophies, which cause Muslims to use false ‘logics’ to justify terrorism and mirror the West in their foul actions at war. Muslim Terrorists are really ‘Muslim’ Modernists. As Osama Bin Laden put it, when asked why he doesn’t follow the Islamic laws prohibiting targeting innocent civilians, he replies ‘ the rules aren’t set in stone’ – A typical Modernist argument… (source)

Pardon, il ne dit pas que Ben Laden était gauchiste, il dit juste que le gauchisme c’est le seul truc à la surface de la terre qui justifie le terrorisme et que si des musulmans le font, beaucoup, c’est la faute des libéraux occidentaux.

Et bégayer encore et encore que la solution c’est d’appliquer l’islam, mais que si un « renouveau » est nécessaire ça n’implique en aucun cas une « réforme, quand bien même la totalité du monde ne fait pas le vrai de vrai Islam de l’Andalous.

The solution however, is not the reform of Islam, or changing any laws – but rather to revive the Muslim intellect, so that they may actually IMPLEMENT Islamic laws, objectives, ideals, goals and projects, using appropriate wisdom and mercy, which are how it has always been understood to be implemented in the past. How can people be calling to reform a law system which simply ISN’T being implemented in the first place! (source)

(Je n’aurais qu’à dire que Rawls et Walzer n’ont fait que s’éloigner du VRAI progressivisme et que la solution c’est donc plus de progressivisme.)

Pourquoi parle-t-il tant de l’Occident et si peu de ses vues ? Si l’islam est si mal représenté, et si c’est la cause de tant de malheurs, si c’est la solution politique ultime, pourquoi ne pas passer chaque atome de temps à le défendre et le décrire ? Peut-être parce qu’il pense que les femmes doivent toujours hériter moitié moins que les hommes, et il discute derrière le calme de porte closes des bienfaits des châtiments traditionnels charaïques.

Capture d’écran 2015-05-09 à 12.42.24

Et il sait très bien ce que les gens pensent de ça.

Alors il critique l’Occident en prétendant concocter une panacée politique en privé quand il s’occupe simplement de promouvoir ce que beaucoup lui reprochent de promouvoir : un système totalitaire (pardon, « holistique »), que promis-juré il rembourrera de gardes-fous pour que chacun puisse vivre comme il l’entend.

Son unique autre astuce, dire qu’en anglais c’est pas pareil :

The question ‘under an Islamic State, in the right sharia conditions…do you think some should be put to death for apostasy’ is a shibboleth invented by Maajid Nawaz, who wanted to catch out Muslims, and however a Muslim answered, they would have had the rest of their opinions ignored and dismissed under either a flurry of fuming Liberal outrage, or demands to then condemn Islam, followed in quick succession by Muslims who disagree. However, I disappointed the anti-Muslim mob by rejecting the false basis for the question, namely, the incorrect English translation and understanding. (source)

Ou, tu aurais pu dire « non, je ne pense pas que les apostats doivent être condamnés à mort », mais tu préfères dire que ces lois se rapportent en fait à ceux qui essaieraient de parler contre ton précieux état islamique parfait, que là par contre tu n’aurais aucun scrupule à mettre à mort. De nouveau, tu pointes des « contradictions » occidentals, mais uniquement pour les étendre à la tolérance de ton projet, augmentant la contradiction. Toi qui parlait cinq minutes plus tôt de ce que tuer des innocents pour perpétuer un système politique était une idée occidentalo-progressiste, tu admets en sous-main y souscrire. De même que ce que tu fais pour l’homosexualité, tu prétends que le mot n’existe pas en Islam et que seul l’action du coït homosexuel est condamnée

As Muslims we should not have to change a single Islamic law to please anyone, or anybody – however, we should try to improve the accuracy of TRANSLATING Islamic concepts into the English language. The issue I take is translation. Therefore, I think we should all reject the english translation of ‘irtidad’ as ‘apostasy’ – just like I reject the claim that Islam has a anti-‘homosexual’ law – which is merely a individual that has feelings for same gender. This should NOT to be confused with same-sex intercourse, which is an ACTION that is prohibited under Islamic law- regardless of the sexual preference of the person committing it. [Btw – only public exhibitions of illegal sexual intercourse are punished by an Islamic State, private acts are forbidden too, but are accountable to God alone). ‘Homosexual’ is, again, another Victorian-era word Muslims have unwisely used, which has led to much misunderstanding. Let’s stick to Classical Islamic terms, and decide ourselves how best to translate them into English, and not yield it to Western pundits – some of whom will merely project their own misunderstandings onto our Deen. (ibid.)

C’est fou. Ce n’est pourtant pas ce qui se produit en Egypte, en Iran, au Pakistan, dans la bande de Gaza (c’est de la faute d’Israël, donc ça en fait un de moins) ou en Algérie. Comment se fait-il que des lois qui interdisent uniquement l’action très précise et impossible à déceler que l’Andalous prétend condamnée, et qui ne devraient en fait punir personne se retrouvent à maltraiter les homosexuels en général ? Ce que les musulmans comprennent mal l’islam dis donc.

L’Andalous n’admettra jamais qu’une loi islamique cause des torts, puisqu’il admet lui-même que rien ne doit les changer, par conséquent il tortillera toujours comme un serpent sur le feu. C’est juste un utopiste très classique. Comme tous les communistes de la terre qui affirment que tous les gouvernements qui se disaient communistes étaient des traîtres et pas vraiment communistes, et que la solution c’est un autre gouvernement qui se dira communiste. Promis-juré, cette fois ça marche ! On change rien, mais ça va marcher. Tous les états qui se sont dits islamiques à la surface de la terre ne sont pas assez purs pour l’Andalous qui les dira corrompu, séculiers dès qu’on pointe que le paradis qu’il rêve ne s’y trouve pas. Il serait probablement bien en peine de déceler dans les califats historiques ce qu’il prétend y avoir.

Au fond, comme vous ou moi quand on avait 12 ans, ce genre d’andouilles oublie que le problème politique majeur c’est la coordination et la coopération d’individus divergents. Il l’assume résolu d’un revers de main comme point de départ, créant la fiction d’une société uniforme, qui possède un ordre sans contrainte, une loi sans coercition puisque tout le monde est volontaire. (et si tu parles contre ou veut changer le système on te zigouille ; et après il dira que c’est exactement pareil dans les sociétés occidentales)

Naïveté courante : il croit qu’il peut tout résoudre d’il arrive à placer pile-poil la bonne autorité en place. Mais tout le monde croit ça. Ca ne demande aucune compétence ou imagination, juste répéter qu’il existe un système parfait et que si seulement tout le monde était d’accord il serait là.

 

Parlons un peu de Mohammed « Mo » Ansar. Cette andouille est pas mal connu pour avoir usé de sockpuppets auto-glorifiantes et en user encore, véritable MsScribe de l’islam britannique, sans la chute. How did Mo Ansar become the voice of British Muslims? s’interroge-t-on. En effet, pourquoi un individu si peu intéressant, qui n’a même pas la prétention d’avoir eu une vie intéressante, qui semble mentir dessus régulièrement, qui se propulse, de posts de blogs en tweets, en émission de radio.

(Pas que Ayaan Hirsi Ali soit mieux soyons clairs)

S’il me fallait le définir, je dirais que c’est le Milo Yiannopoulos de l’islam, ce que ce dernier semble avoir perçu comme une concurrence, puisqu’il a écrit un très très long réquisitoire rassemblant toutes les conneries que Mo Ansar fit et dit sur le web. Du vidame de Gamergate je me serais attendu à un jpg moche avec des trucs entourés en rouge, au moins. Anarchopedia a rassemblé une encore plus longue liste de faits. Quoique je n’aime aucun de ces deux consortiums, ils arrivent à peindre Mo sous une lumière assez laide. Disons qu’il offre du bon matériel.

Il est attaqué par Iain Dale et semble justement perdre pied ce que je ne peux m’empêcher de regarder avec une certaine peine. Contrairement à l’Andalous, il ne semble pas foncièrement pressé d’instaurer un califat et il dit beaucoup moins de bêtises. Sa modération semble volontaire et son apologétique en découler, même s’il dérapera forcément parce qu’il est diablement peu talentueux.

Je suis d’accord avec Hamza Yusuf Hanson : c’est la déshérence de l’autorité théologique traditionnelle (ou l’absence de celle-ci, en l’occurrence en Angleterre) qui permet des vanités pareilles d’émerger. Mais je ne suis pas d’accord en ce qu’ils sont cause réelle du mal : ils aident ces bêtises, se baladent à la télévision ou sur internet mais ils sont tellement incompétents qu’ils n’innovent même pas. Ce qu’ils bégaient est trop souvent quelque chose que des cheikhs traditionnels auraient pu dire, dans d’autres contextes, en soutenant ça différemment mais ils l’auraient soutenu.

En outre, c’est cette déshérence d’autorité qui permet aussi aux musulmans modernistes d’émerger, notamment féministes, si souvent louées par la gauche, si peu lues, et si peu en Orient.

Le Tawhid contre le patriarcat.

Orient XXI nous parle de féminisme musulman d’ailleurs.

Ces vingt dernières années, le féminisme islamique est devenu un courant théologique transnational qui, à l’instar du féminisme chrétien — dont il n’est pas la copie, mais il emprunte de fait des voies assez proches — propose une relecture des sources (Coran et Sunna) débarrassée de ses interprétations sexistes. Une élite savante utilise l’outil juridique de l’ijtihad pour repenser les droits des femmes en rapport avec les contextes dans lesquels elles se situent. En faisant usage des sciences sociales, les féministes extraient les principes d’égalité et de justice des sources de l’islam et les éloignent des interprétations élaborées à partir d’une grille de lecture machiste et patriarcale. Elles s’appuient notamment sur la notion d’unicité divine (tawhid)pour affirmer que l’égalité entre les hommes et les femmes est inscrite dans le Coran

*L’attribut de l’unité de Dieu stipule que la souveraineté de Dieu, son pouvoir sont indivisibles et inpartageables. Personne ne peut revendiquer aucune forme de souveraineté ou de pouvoir qui entre en conflit avec la souveraineté divine. Les théories de la supériorité masculine, en établissant un parallèle entre Dieu et les pères, ou maris et en les présentant comme des intermédiaires entre les femmes et Dieu, jouissant d’un pouvoir sur elles et se donnant droit à leur obéissance, violent le concept de tawhid.

Le monothéisme est incompatible avec toute forme d’autorité ? Je doute vraiment que ça passe.

Je parlais un peu de Fatima Mernissi sur mon ancien blog. Ce genre d’interprétation, il me semble, ne passera jamais auprès de la grande majorité des musulmans, c’est une exégèse atypique et idiosyncratique qui remplit peut-être les critères qu’elle s’était fixé (faire concorder féminisme et islam) mais échouera à convaincre sur le terrain parce qu’elle n’est que cela, un jeu de concordance logique entre propositions, pour aboutir à quelque chose qui n’a plus guère à voir avec l’islam mainstream.

C’est d’ailleurs un passe-temps favori des musulmans sur les plateaux télés de dire que toute de même ces gens qui se veulent réformistes n’y connaissent rien en religion et que leurs théories seront rejetées de but en blanc. Parfois on ne parle pas de théologie et ils ne précisent pas quelle erreur théologique ils font, mais ils sont catégoriques : il faut étudier la religion pendant des décennies avant d’oser prétendre réformer.

Le calife de l’Etat Islamique aurait un doctorat en études islamiques, ce qui prouve bien que ça n’immunise pas de grand-chose. Et ils ne sont pas seuls, regardons ce que nous dit Alain Gresh de ces vils modérés qui ont internalisé l’islamophobie, tel Bidar :

Il faut toute l’assurance — certains diront l’arrogance ou la suffisance — d’un philosophe pour se dresser sur ses ergots et lancer, de France, une « lettre ouverte au monde musulman », dans laquelle le tutoiement familier se mêle à des dizaines d’occurrences de « mon cher islam »,« mon cher monde musulman », avec une familiarité un peu condescendante.

Au monde musulman tout entier ? Rien de moins. L’auteur s’adresse à un milliard et quelques centaines de millions d’individus, majoritaires dans une cinquantaine de pays, qui vivent dans les conditions les plus dissemblables et qui sont pourtant amalgamés sous un seul vocable — incluant aussi les musulmans des pays où ils sont minoritaires.

Ces centaines de millions de mahométans seraient, pour l’immense majorité d’entre eux, atteints d’une grave maladie — seule une petite minorité d’élus y échappant dont, bien sûr, l’auteur du pamphlet, Abdennour Bidar. Car son ton mi-compatissant mi-donneur de leçons ne peut dissimuler le fond du propos, l’essentialisation des musulmans, leur réduction à une abstraction qui s’appelle « islam » et qui permettrait d’expliquer tous les maux dans lesquels il se débattent. (Une fabuleuse découverte sur l’islam)

Oui c’est exactement ce qu’ils disent, ils n’avouent aucune cause concurrente.

Je ne m’engagerai pas sur ce terrain miné. Ce que prône le Coran, comme l’écrit Olivier Roy, c’est ce que les musulmans disent qu’il prône. Et n’étant pas musulman, je me garderai bien d’interpréter un texte aussi beau qu’obscur. Un croyant a tout à fait le droit de s’y essayer, Bidar aussi. Mais l’Histoire nous apprend que le Coran a été compris au cours des siècles de manière très diverse et changeante, les hérésies d’hier devenant le dogme d’aujourd’hui.

Ben ferme ta gueule, alors.

Si l’on comprend bien, il faudrait donner la parole, pour parler de culture musulmane, à des gens qui ne sont pas formatés par le système de la religion ! Mais n’est-ce pas ce qu’on fait déjà, y compris par les nombreuses tribunes auxquelles a droit Bidar dans notre presse (…). Ce sont ces intellectuels vivant en Occident et qui ont la chance ou la malchance de se prénommer Abdennour ou Mohammed, très étrangers aux pratiques majoritaires des musulmans, qui devraient être les seuls à parler de la culture musulmane ?

Oui, bien sûr, le fait qu’ils puissent en parlent implique forcément le désir d’être les seuls à le faire. Ils ajoutent leurs voix à un chœur de clercs empêtrés dans les complexité de leurs fonctions mouvantes, ils demandent pas forcément à les remplacer. En outre je pense qu’on devrait étendre ce questionnement aux salafistes qui vivent en occident, havre parfait pour leurs braiments et qu’il n’échangeraient pour rien au monde, et probablement pas pour leur califat imaginaire.

De la même manière, Murtaza Hussein demande pour qui se prennent donc Maajid Nawaz ou Ayaan Hirsi Ali, eux qui veulent diriger une réforme de tout le monde musulman alors qu’ils sont impopulaires et payés par l’état, et qu’ils nourrissent l’islamophobie.

Murtaza Hussein est pourtant moins regardant quand il prend la défense de Mo Ansar, qui ne me semble pas beaucoup plus habilité à représenter plus que lui. Maajid Nawaz et Ayaan Hirsi Ali sont des salauds, dit-il, qui se prétendent les seuls bons musulmans du monde face à (c’est faux, il suffit de lire l’article de Ali) face à un milliard et demi de musulmans méchants et qui croient savoir mieux que tout le monde. Comme Alain Gresh disait que Bidar était « étrangers aux pratiques majoritaires des musulmans », fort variables, il nous faudrait des années d’étude pour compenser le fait que tout le monde a un islam différent.

Mais quel degré d’éducation permettra de parler au nom de tous les musulmans ? Aucun de ces penseurs ne prétend représenter tous les musulmans ou parler pour eux, ils se contentent de brandir des pancartes « ARRÊTEZ DE TUER DES APOSTATS SVP » et on leur répond qu’ils sont des islamophobes de merde, des house negroes, des native informants ; on leur demande où est leur doctorat en théologie et qu’ils comprennent très mal les subtilités juridiques de ces mises à mort, et puis comment osent-ils parler alors qu’il y a beaucoup de musulmans en Indonésie, hein ?

Ce n’est pas bon signe.

Ensuite, qui d’autre répète à qui veut l’entendre que les musulmans sont dans l’erreur, ne connaissent pas leur religion, sont ceux qui représentent le plus mal l’islam et qu’il faut une réforme ? Les salafistes tels Mo Ansar ou l’Andalous.

This brings us to the most serious, and a most damning truth – the biggest misrepresenters of Islam is the Muslim world itself. As mentioned before, the Muslim world is benighted with a state of ignorance of Islam – and the collective lack of the key prerequisite to understanding Islam and the world – thinking, or to be more exact, rational thinking. (Abdullah al Andalusi, op. cit.)

On part of the solution is the authentic Islamic education of the Muslims – otherwise they will continue to be misguided and acting against the wishes of the Prophet (pbuh) and the teachings of the Quran.  (Mo Ansar, op. cit.)

Où sont les articles pour dire que ces types là ne sont pas assez éduqués pour prétendre ça et que d’abord il y a plein de musulmans en Indonésie qui ne feraient pas de mal à une mouche ?

 

Morale de l’histoire : si tu dis que la solution c’est le soufisme, on te rappelle que Hassan al Bana étant soufi, qu’il y a des méchants soufis islamistes.

Par contre si tu dis que la solution c’est l’islam, ça va.

N’est pas Martin Luther qui veut

Hussein dit que Ali et Nawaz se prennent pour Martin Luther et méritent des moqueries. Hend (@LybiaLiberty) dit que les réformes partent toujours de l’intérieur du groupe, pas en opposition à celui-ci. Quel dommage qu’on ait choisi Martin Luther comme exemple de réformateur, du coup.

Martin Luther a, à plusieurs reprises, répété que le Pape était l’incarnation de l’antéchrist, un thème qui revient très souvent chez les polémistes protestants qui passent leur temps à tenter de démontrer que les pratiques catholiques sont en fait païennes ou antéchristiques :

 

Les protestants s’opposaient constamment à Rome et aux catholiques, et s’en distinguaient complètement. Ce n’est d’ailleurs pas propre à Luther : Zwingli, qui avait eu de nombreuses positions qu’on pouvait voir comme dépravées ou hérétiques (abolition de la messe (1525), du célibat des prêtres) mourut lors de la seconde bataille de Kappel (1531) l’épée à la main contre une ligue de cantons catholiques ; lorsque Calvin instaure la République Théocratique de Genève de 1541 à sa mort en 1564, il contribue à la persécution et mise à mort des opposants (notamment Jacques Gruet[1547] et Michel Servet[brûlé la même année]).

Je crois qu’on peut dire avec une certaine certitude que les réformés ont été perçu comme des antagonistes qui veulent détruire la chrétienté. En outre, c’est bien parce qu’ils faisaient n’importe quoi des concepts théologiques qu’ils invoquaient qu’ils étaient tellement divisés et qu’ils innovaient tant. Ces mouvements se distinguent justement parce qu’ils se séparent du corpus théologique antérieur, pour se recentrer sur les Ecritures :

Si on nous apporte sous le titre de l’esprit quelque chose qui ne soit contenue en l’Evangile, ne le croyons pas. (Calvin, Institutions chrétiennes, IV, 8)

[…] La rupture du Carême entraîne des réactions de la part de l’évêque de Constance adressée au conseil et au chapitre. Au mois d’août, Zwingli répond à celle qui est adressée au chapitre le 24 mai en rédigeant l’Archétélès. Ce texte, qui est le plus long de ses premires écrits, reprend point par point en soixante-neuf sections l’exhortation de l’évêque qui l’accuse d’exprimer des vues nouvelles et hérétiques et de détruire l’unité de l’Eglise. Zwingli se défend en faisant appel au Christ et à la Bible pour s’opposer à l’enseignement et au inventions des hommes. Dieu est véridique, l’homme est menteur. C’est le Christ et la Bble et non le Pape, qui distinguent la véritable Eglise. Ce n’est certes pas l’Eglise qui peut confirmer les Ecritures mais c’est par les écritures que les décisions des conciles de l’Eglise doivent être jugées. (Zwingli le théologien, sur Google Books)

A simple layman armed with Scripture is to be believed above a pope or a council without it.… [N]either the Church nor the pope can establish articles of faith. These must come from Scripture. For the sake of Scripture we should reject pope and councils. (Luther, conclusion de la Dispute de Leipzig, 1519)

Ils avaient des connaissances théologiques pointues, mais ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour rendre inopérante la théologie précédente. N’étaient-ils pas « étrangers aux pratiques de la majorité des chrétiens », ces protestants qui protestaient trop, rompaient carême et célibat, catéchisme et eucharistie ? Leurs idées n’ont-elles pas été récupérées par des potentats ou des villes qui s’opposaient au Pape et à Rome, pour servir leurs intérêts ? N’ont-ils pas tenu des débats flamboyants et très médiatisés avec des papistes ? Hmm, ça ne me rappelle rien du tout.

Ils n’ont pas commencé « de l’intérieur » et en bégayant une théologie qu’ils détestaient jusqu’à l’escamoter en silence, non, ils ont commencé par brailler que l’Eglise vous saigne tous et que vous êtes trop cons si vous les écoutez. Désamorcer des attaques en disant « ils ne sont pas Martin Luther, ils n’ont pas de connaissances théologiques, ils ne comprennent pas le paradigme théologique actuel, ils sont trop violents » alors même que ce sont les oppositions que Martin Luther et les autres réformateurs ont reçu de la part de l’Eglise me semble particulièrement ignorant ou hypocrite.

Ensuite, Ce n’est pas la réforme qui a le plus influencé la modernité européenne : ce sont les lumières et la Révolution Française, qui se plaçaient clairement en butte du religieux, et se sont opposées à la chrétienté.

Pourquoi la chrétienté a-t-elle conçu une partition des domaines religieux et civils et l’islam pas ? La question est déjà stupide, les réponses le seront souvent : parce que Jésus a dit de rendre à César ce qui est à César (Marc, XII, 13-17; Matthieu, XXII,21; Luc, XX, 25) ! Le fait est que les chrétiens, comme les musulmans (Coran 109) sont très très consensuels du moment qu’ils n’ont pas le pouvoir : ils n’ont pas le choix. Mais une fois qu’on est aux manettes, on ne s’emmerde plus. Le césaropapisme triomphant n’avait cure des paroles de Jésus ou l’interprétait différemment, et, quand les socialistes sans-dieu se sont proposé de séparer église et état, la réaction ne fut pas l’acceptance pacifique mais bien le rejet au nom de la hiérarchie de l’Eglise :

Qu’il faille séparer l’Etat de l’Eglise, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l’Etat ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d’abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l’homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l’existence comme il nous soutient.

Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l’honorer.

En outre, cette thèse est la négation très claire de l’ordre surnaturel; elle limite, en effet, l’action de l’Etat à la seule poursuite de la prospérité publique durant cette vie, qui n’est que la raison prochaine des sociétés politiques, et elle ne s’occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière qui est la béatitude éternelle proposée à l’homme quand cette vie si courte aura pris fin. Et pourtant, l’ordre présent des choses qui se déroulent dans le temps se trouvant subordonné à la conquête de ce bien suprême et absolu, non seulement le pouvoir civil ne doit pas faire obstacle à cette conquête, mais il doit encore nous y aider. Cette thèse bouleverse également l’ordre très sagement établi par Dieu dans le monde, ordre qui exige une harmonieuse concorde entre les deux sociétés. Ces deux sociétés, la société religieuse, et la société civile, ont, en effet, les mêmes sujets, quoique chacune d’elles exerce dans sa sphère propre son autorité sur eux. […] L’Ecriture nous enseigne, et la tradition des Pères nous le confirme, que l’Eglise est le corps mystique du Christ, corps régi par des pasteurs et des docteurs (Ephes., IV, 11), société d’hommes, dès lors, au sein de laquelle des chefs se trouvent qui ont de pleins et parfaits pouvoirs pour gouverner, pour enseigner et pour juger. (Matthieu, XXVIII, 18-20 ; XVI, 18-19 ; XVIII, 17 ; Tite II, 15 ; IICor. X, 6 ; XIII, 10, etc.)

Il en résulte que cette Eglise est par essence une société inégale, c’est-à-dire une société comprenant deux catégories de personnes: les pasteurs et le troupeau, ceux qui occupent un rang dans les différents degrés de la hiérarchie et la multitude des fidèles; et ces catégories sont tellement distinctes entre elles, que, dans le corps pastoral seul, résident le droit et l’autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société.

Quant à la multitude, elle n’a pas d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs.

(Encyclique Vehementer Nos [« notre colère »] 11 février 1906)

Et c’est seulement après qu’on a pu se vanter de sa modernité à avoir toujours eu en soi les germes de la laïcité, planqués dans le nouveau testament,mais non :  l’Eglise a évolué parce qu’on lui a pas laissé le choix.

Dans les deux cas, ce sont effectivement des gens perçus comme des outsiders et des traîtres qui ont amené les réformes les plus significatives. Prétendre que les réformes sont toujours faites avec des mots doux, un doctorat et de l’intérieur est particulièrement spécieux quand on ne demande pas pareil étalage aux petits copains semi-salafistes du dimanche.

 

Aussi, il y a quelque chose d’ironique à ce que, les mêmes andouilles qui vous disent que les problèmes ne sont pas théologiques du tout vous affirment ensuite que pour toute discussion des problèmes de l’islam vous devez être de fins théologiens. Surtout quand eux ne s’embarrassent pas de pareils qualifications pour discuter tout et nimp au Moyen-Orient. Ou, pire, ils diront que les tentatives de répandre l’islam modéré soutenues par le Mossad sont un plan pour castrer le Moyen-Orient.

Tiens, si la religion n’est pas un facteur déterminant, pourquoi s’inquiéter que l’islam non-totalitaire se répande ?

 

Conclusion

Devant tous ces apologistes j’ai l’impression qu’il y a un problème sérieux de déflection permanente.

Imaginons que je parle à la place de combattre l’addiction à diverses drogues, mettons l’héroïne. Nous sommes tous d’accord que les drogues n’ont pas le même impact sur les gens suivant leur situation sociale. Quelqu’un avec un réseau social fonctionnel, une famille, un travail, arrivera mieux à faire fonctionner son alcoolisme avec tout ça que quelqu’un qui est sans domicile, au ban de la société. L’isolation est la stigmatisation sont deux choses qui augmentent la nuisance de la drogue et empêche une personne accro de chercher de l’aide – si tant est qu’elle soit seulement dans leurs moyens.

Cependant, imaginons encore qu’on découvre un nouveau produit de substitution, moins cher et plus efficace, avec moins d’effets secondaires et qui diminue sérieusement la dépendance à l’héroïne, rendant le sévrage plus accessible et efficient, je pense qu’il y aurait lieu de se réjouir et se demander comment mettre des structures en place pour faire parvenir ces thérapies aux gens qui en ont le plus besoin.

Et là imaginons qu’on me réponde que je suis un salaud, que le problème des drogues n’est pas purement chimique, que des gens qui consomment de la drogue viennent me dire que je suis un abruti, qu’ils en ont toujours consommé et n’ont aucun problème, que c’est dû uniquement à la stigmatisation et à l’isolation, renforcée en plus par l’état policier et son combat contre les drogues, ce que je nie et renforce en focalisant naïvement sur la chimie du problème.

Je leur dirais, oui, effectivement, ces facteurs y contribuent sévèrement, mais ne croyez-vous pas qu’on aurait meilleur temps d’admettre que les drogues, fondamentalement, doivent leur addiction à des composés chimiques qui les composent et que l’addiction vient d’une réaction fort biologique de notre corps. Sans nier les problématiques sociales qui aggravent cela, c’est une bonne nouvelle qu’on ait plus de moyens de contrer la chimie qui est autour.

Le lobby Quilliam est ainsi accusé d’avoir une vision diablement simpliste de la radicalisation religieuse, alors même qu’ils ne font que focaliser sur une des causes, et j’admets volontiers qu’ils ne font pas des autres causes leur priorité.

Sans aller jusqu’à dire que la religion est une simple affaire de chimie, quand on me dit que l’islam n’est pas la cause du radicalisme religieux, qu’il ne cause aucune violence, mais qu’il faudrait avoir un diplôme de théologien pour parler de quoi que ce soit et que d’abord Israël essaie d’abêtir le Moyen-Orient en répandant une vision de l’islam non-totalitaire (qui rappelez-vous ne causera rien) je crois que je touche un nerf.

 

Je pense personnellement qu’Aïcha ne fut pas mariée à neuf ans et que le Prophète n’aimait pas trop battre les femmes, surtout pour un Arabe au VIIe siècle. Et que même si c’était le cas, il faudrait outrepasser ces exemples et faire mieux.

Mais tant que des musulmans croient le contraire, il serait insultant de prétendre qu’il n’y a pas de problème en Islam.

Entre les salafistes abrutis qui nous expliquent qu’il faut plus d’islam, les progressistes qui se cassent mutuellement les jambes dans un concours de pureté, ceux qui attaquent l’islamisme considérés comme exactement pareils que l’extrême-droite, les islamistes qui grattent de plus en plus de monde dans le chaos, en même temps que tout le monde se « désolidarise » du terrorisme, uniquement pour que de trop nombreux égarés accusent le Mossad, ceux qui nient qu’il y a un problème, ceux qui nient que c’est un problème, et la quasi-totalité de l’univers qui prétend que l’Islam est absolument tout sauf ses manifestations concrètes, hé bien, il me semble simplement que si vous pensez qu’il n’y a pas de problème avec l’Islam, vous ne vous y intéressez pas beaucoup.

 

 

 

You want to love them, but you don’t. And the fact that you’re faking that feeling makes you wonder if your own father had the same problem. Then one day they get older and you see them do something and you feel that feeling that you were pretending to have. And it feels like your heart is going to explode.

Don Draper, Mad Men, «The Flood» (6×5)

Ils dirent « Ô Noé, tu as disputé avec nous et tu as multiplié les discussions. Apporte-nous donc ce dont tu nous menaces si tu es du nombre des véridiques ». Il dit « C’est Dieu seul qui vous l’apportera – s’Il veut – et vous ne saurez y échapper. Et mon conseil ne vous profitera pas au cas où je veuille vous conseiller et que Dieu veuille vous égarer. Il est votre Seigneur et c’est vers lui que vous serez ramenés. Ou bien, s’ils disent : il l’a inventé ? Dis : « Si je l’ai inventé, que mon crime retombes sur moi ! Et je suis innocent de vos criminelles accusations. »  Et il fut révélé à Noé : « De ton peuple il n’y aura plus de croyants que ceux qui ont déjà cru. Ne t’afflige pas de ce qu’ils faisaient. Et construis l’arche sous Nos yeux et d’après Notre révélation. Et ne M’interpelle plus au sujet des injustes car ils seront noyés.

Coran, 11:32-7

Aucun commentaire

Laisser un commentaire