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Lays Farra

04/11/2015

Après avoir remporté la dernière édition j’ai décidé du sujet suivant :

Thème : La Dystopie Ultime. Vous savez comme les dystopies sont des moyens fainéants de prouver que ce qu’on n’aime pas est mauvais et que la liberté c’est bien ? Voilà. Votre histoire doit mettre en scène le pire du pire des scénarios, la pire version possible de notre monde — suivant vos goûts, bien sûr.
Contrainte : La Statue de la Liberté doit faire une apparition.

Note :

Ultimate Dystopia

Le calife-führer Nazih bin Bismarck enfourcha son quad réglementaire et descendit les escaliers, ses roues rebondissant légèrement sur les marches arrondies.
Encadré par un escadron de skateboardeurs volants il remonta la longue allée, pavée du sang des travailleurs et ornée des multiples étendards au croissant gammé, qui fonçaient en diminuant vers la ligne d’horizon.

Nazih bin Bismarck se déplaçait en personne à un sommet inter-nazi de la plus haute importance, pour déterminer l’avenir de la coalition des Kirghize-nazis et des turcs-nazis.

* * *

En effet, après la Grande Grande Guerre 2 (aussi appelée Grande Guerre Grande 2, ou simplement Grande Guerre, malgré une tentative avortée d’établir une norme ISO de nomenclature des grandes guerres) tout le monde avait fini par réaliser que les nazis gagnaient tout le temps, et s’étaient donc progressivement nazifiés. On avait des nazis chinois, des nazis communistes, des nazis sionistes, des nazis anti-sionistes, des nazis bouddhistes… Un mouvement nazi orthodoxe s’était construit en réaction, principalement à partir des Nazis de l’Antarctique et de la Lune, planqués depuis le Troisième Reich, qui tentèrent de ramener cette multitude de Reichs bigarrés aux belles valeurs du nazisme d’antan, prêchant avec un succès limité la suprématie de la race allemande à un public tout sauf allemand.
Les vrais problèmes commencèrent quand lesdits nazis de l’antarctique et de la face cachée de la lune se déclarèrent la guerre — en moyenne trois soucoupes volantes s’encastraient dans son palais chaque semaine à cette période. Les illuminatis qui contrôlent le monde en secret — enfin qui jettent de l’argent à tous les problèmes dans le vague espoir de les résoudre — durent même sortir de l’ombre pour les calmer.
Pour limiter l’usage de technologie avancée on tomba logiquement sur un accord qui interdisait pratiquement tous les véhicules sauf quelques uns : les quads sur route, les bateau à vapeur Ironclad sur mer, les skateboards volants et les dirigeables dans les airs.
«Mais c’est super lent, peu pratique pour transporter des bagages ou marchandises, et un quad ça prend la place d’une voiture en ayant la capacité d’une moto !, dirent les représentants de l’Organisation des Nazis Unis.
— Ben oui, mais c’est comme ça.» répliquèrent les illuminatis depuis l’arrière d’un portrait dont l’oeil était percé pour qu’ils voient à travers.

L’économie mondiale s’était subséquemment effondrée, ce qui fit quelques vacances aux illuminatis.

* * *

La route continuait quand l’escorte de Nazih bin Bismarck s’ébranla.
«Oh non, führer des croyants, mettez vous à l’abri !
— Quoi donc ?
— les juifs-nazis !»

Pendant un temps, tout le monde s’était plus ou moins entendu sur le fait de détester les juifs, jusqu’à ce que les juifs eux-mêmes se rendent à l’évidence et durent se nazifier, créant le VIe Reich de Juda et Israël (qui englobait en fait Brooklyn, l’ex-oblast autonome juif de Russie et une part de la Birmanie) augurant une période de confusion assez intense.
Bien sûr, Nazih bin Bismarck était un stratège habile et il avait su profiter des divisions entre les séfarades-nazis et les ashkénazes-nazis, infiltrant progressivement les hassidiques-nazis. Il siffla un coup et une division de skateboarders fonça envers leurs assaillants, hallebardes en main, pendant qu’il accélérait maigrement.

Tout ça, Nazih bin Bismarck pouvait encore gérer, mais il restait un conflit indestructible, un affrontement perpétuel, un Ragnarök recyclable : le conflit israélo-palestinien. Bien sûr, depuis fort longtemps, il n’y avait plus ni palestiniens, ni israéliens. Quand le conflit eut continuellement et exponantiellement occupé l’actualité du monde entier pendant deux siècles, jusqu’à dépasser 50% du contenu de tous les journaux, de toutes les chaînes d’actualité du monde, un groupe de nazi-flamands décida d’en finir en colonisant l’intégralité de la Palestine. Il semble qu’une portion non négligeable de Wallons soient oppressés dans la Bande de Gaza, mais en dehors de ça, les plus gros conflits de la Palestine flamande portent sur la Saint Nicolas et est-ce que Zwarte Piet ne serait pas un peu une tradition anti-nazi.

…Mais cela ne mit pas fin au conflit, au contraire. Les derniers nazi-sionistes démantelèrent le Mur des Lamentations, et avec le développement de l’archéologie holographique découvrirent que chacune des pierres conservait en mémoire le plan complet du temple de Salomon, et qu’il était possible de le répliquer à partir de ça. Ils s’empressèrent alors de construire des répliques du temple partout, essaimant les pierres à travers le monde, se disputant l’authenticité et inaugurant des centaines de nouvelles terres sionistes — parfois, mais pas toujours, en lien avec le VIe Reich de Juda et Israël.
Il fallait rajouter à cela qu’en usant des mêmes techniques, des nazis-musulmans s’étaient empressés de faire apparaître des répliques d’Al Aqsa et de l’esplanade des mosquées à côté de chacun des temples ressuscités, le conflit s’étant donc fractalement disloqué — dans l’oblast autonome juif, on a même un cas où deux reconstructions holographiques se sont marchées sur les pieds, on a donc une réplique d’Al Aqsa dans une réplique du temple, qui répondait en fait à une autre réplique temple de Salomon vingt mètres plus loin, qui elle même se trouve dans la réplique d’Al Aqsa qui venait contrer le premier temple.

Nazih bin Bismarck songeait à tout cela alors qu’il passait les restes holographiques frétillants d’un temple de Salomon, dont les briques restantes crépitaient hors d’existence maintenant que la pierre originale avait été retirée. Les retombées de ces constructions seraient longues, et cancérigènes, et nul n’avait les moyen de les démanteler proprement — surtout qu’il fallait en déplacer les pièces sur des quads ou dans des dirigeables.

Le sommet Kirghize-nazis et Turc-nazi était fortement houleux.

«Il faut que vous enleviez vos barrages, ça coupe le vent de nos champs éoliens !
— Peut-être qu’on devrait songer à d’autres sources d’énergies, dit le calife-führer dans une tentative d’apaisement.
— Lesquelles ? Depuis 2156 le nucléaire et le pétrole sont interdits pour éviter le réchauffement climatique !
— Alors construisez vos éoliennes ailleurs, justement, nous aussi on a besoin de l’énergie de ce barrage.
— On peut pas ! Notre pays est déjà couvert d’éoliennes à 85% et c’est à peine assez pour les usines d’Antioche !»
Il s’agissait du principal centre de production de skateboards volants. Le silence tombait tandis que tous pondéraient l’importance du lieu.
«Et d’abord, s’exclama le représantant Kirghize, si vos néo-babyloniens-nazis cessaient de construire des Portes d’Ishtar absolument partout—»
Un brouhaha général accueillit cette remarque. L’archéologie holographique de la porte d’Ishtar donnait lieu à un combat moindre mais localement d’intensité similaire au chassé croisé du Temple de Salomon et d’Al Aqsa entre des néo-babyloniens et des néo-assyriens, bien sûr tous deux nazis.

«Vous ne ferez pas taire les nazis-américains !» hurla un homme en imper qui sortit du parterre d’invités en lançant un paquet qui atterrit au milieu de la table ronde.
«Une bombe holographique !» cria Jinghem von Xi, un des observateurs du Parti Communiste-Nazi Chinois.

Et en effet, des poutres de métal potentielles se rappelèrent leur position passée et commençaient à se déployer sous les arcades de béton, menaçant de les déborder bientôt. Elles s’arc-boutaient déjà contre le plafond craquelant. Dans le chahut général (où tout le monde mourrait sauf les quelques personnages nommés de notre narration) Nazih bin Bismarck tira Jinghem à part, le plafond tombait alors qu’une énorme colonne d’acier le perçait à travers. Les polygones frétillants et verdis s’agençaient devant lui et semblaient former au pied de la colonne… Des pieds, justement ? D’immenses orteils de métal avaient pourfendus les murs.
En courant dehors à la suite du terroriste, ils purent voir ce que l’holographie avait craché.
Une énorme statue de la liberté, sans la torche et dont la paume tendue en formation esquisserait sans nul doute un salut hitlérien une fois achevée. Les pics de sa couronne solaire étaient incurvés de sorte à former une double croix gammée autour de sa tête.

«Hahahahahaha ! s’exclama l’américain en imper.
— Malédiction ! Sale pseudo-nazi ! Yankee ! Je pensais en avoir fini avec toi !
— Jamais ! L’empire nazi américain resplendira ! Nos dreadnoughts — dont vous avez essayé de dissimuler l’histoire — prendront le contrôle des mers, de l’Antarctique et après cela, du monde !
— Vous n’avez jamais-» voulut-il dire, mais le Yankee avait déjà saisi une échelle de corde qui descendait d’une montgolfière. Le reconstructionnisme Hawaiien qui vantait la grandeur d’un empire fantasmagorique — et selon toute probabilité inexistant — qui aurait, à cause de ou malgré ses technologies avancées, été détruit par les États-Unis, avait fini par contaminer les Etats-Unis, qui avaient manifestement cambriolé ces mythes.

Le calife-führer pesta alors que son escouade de skateboarders se rassemblaient. Il activa un émetteur, et un dirigeable se dirigea vers lui depuis les airs à la vitesse d’un petit vélomoteur. Lui et Jinghem von Xi gravirent une échelle similaire à celle des nazis et suivirent leur ballon qui semait derrière lui de gigantesques statues de la liberté et le chaos.

Les skateboardeurs tentaient de les approcher mais ils tombaient sous les rafales de ce qui devait être des mitraillettes.
Le dirigeable évoluait à — relativement — grande vitesse au-dessus des plaines d’éoliennes mais, devant eux, l’aéronef des nazis-américains gagnait du terrain. L’oeil du calife-führer fut attiré par une anomalie des moulins au sol. Une longue ligne d’entre eux tournaient beaucoup plus vite que les autres.
«Les scélérats ! Je ne sais pas comment, mais il semble qu’ils se soient ménagé un corridor venteux pour aller plus vite !»
Ils tentèrent de le rejoindre et de profiter de la prise au vent exubérante du dirigeable, mais la montgolfière se décala d’autant plus et le vent semblait la suivre.
«J’ai peut être une idée», dit Jinghem von Xi en fouillant dans sa veste.
Il extraya un polyèdre mouvant, dont les arêtes lumineuses se déplaçaient les unes sur les autres.
«Une bombe holographique ! Je le savais ! Je savais que vous enfreigniez en secret la convention de Nuremberg-Xintao !
— Une bombe holographique modifiée, précisa le communiste-nazi, et c’est uniquement à des fins de lutte anti-terrorisme figurez-vous.»
Il lança la bombe par la fenêtre derrière eux, et quand elle eût touché le sol, une immense muraille translucide commença à s’échaffauder jusqu’à leur hauteur.
«Ca contient un fragment de la muraille de Chine, même s’il est un peu dopé, admit-il alors que le mur dépassait clairement les deux kilomètres d’altitude. Bon, pour être sincère avec vous on a songé à l’utiliser exactement pour ça, reprit-il en pointant les éoliennes immobiles en contrebas, couper le vent des champs éoliens nazis-Russes.»
La montgolfière américaine piquait du nez devant l’absence subite de vent, mais il conservait toujours son avance. Le dirigeable dut d’ailleurs faire un détour pour esquiver le bras tendu d’une autre statue de la liberté qui venait de pousser. Jinghem sortait une deuxième bombe holographique mais Nazih l’attacha à un skateboard volant qu’il lança. Sa longue ligne droite se finit au-delà de la montgolfière, faisant pousser un autre mur, contre lequel elle vint s’abattre.
Le dirigeable fondit en piqué vers son point d’atterrissage et le calife-führer sauta de la porte arrière avec son quad, atterrissant pile au milieu du dos du terroriste qui tentait de fuir.
Derrière eux, plusieurs soucoupes volantes des nazis lunaires aux champs d’invisibilité déficients tentaient, avec un semblant comique de discrétion, de disposer des statues de la liberté.

* * *

«C’est marrant que vous vous appeliez Nazih.» dit l’envoyé des Nazis Unis.
Ils contemplaient tous deux le prisonnier, étonnamment pas mort et attaché à une chaise, à travers une vitre à sens unique. Nazih soupira.
«C’est un prénom arabe, نزيه. Ca veut dire «honnête» ou un truc du genre.» l’enseignement de l’arabe, comme de l’allemand, avait été discontinué dans le califat-reich il y a plusieurs décennies déjà. «C’est un nom familial. C’était déjà celui de mon grand-père, du coup j’imagine qu’il y a plusieurs générations, y’a un petit malin qui s’est dit que le monde était pas assez confus comme ça et a nommé son gosse Nazih.
— Est-ce que le prisonnier a révélé quoi que ce soit d’intéressant ?
— Pas grand-chose. Comme d’habitude il parle du temps où être un nazi signifiait quelque chose et du fait qu’on vide l’essence spirituelle du nazisme, blabla, vous connaissez la chanson. Mais je pense en apprendre plus sur son réseau à mesure qu’on le réinterroge et que l’enquête se poursuit.
— Je suis désolé mais je crains que ça ne soit pas possible.
— Pourquoi ça ?
— Parce que je vais devoir vous délester de lui.
— De quoi ?»
L’individu tendit une des plaques des illuminatis. Nazih fut hypnotisé, comme d’habitude, par l’œil au centre du triangle et ne reprit ses esprits après la docilité forcée, qu’une fois l’illuminati au loin, et son prisonnier avec lui.

Il marcha un peu sur sa terrasse en se frottant les tempes pour dissiper les effets du charme hypnotique quand le champ d’invisibilité d’une soucoupe volante des Nazis de l’Antarctique se dissipa soudain. Désormais très visible, elle bouscula les escadrons de skateboarders alertes en s’encastrant sans peine dans la plus haute tour du chateau, le pilote hurlant quelque slogan revendicatif, malheureusement étouffé par les parois blindées de son aéronef.

Y’a pas à dire, c’était une sale journée, se dit le calife-führer alors que les hallebardiers voltigeants se pressaient pour appréhender le terroriste.

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Commentaires (2)

2 réponses à “Tétynons Ogma 56”

  1. LCF dit :

    J’aime beaucoup, J’ai fort grand ris.

    « l’enseignement […] avait été discontinué »
    Anglicisme. En français on dit « on avait cessé d’enseigner […] ».

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