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Lays Farra

09/01/2019

Bruce Benamran anime depuis 2013 la chaîne youtube e-penser pour dispenser quelques notions scientifiques, principalement de physique. Malheureusement, ça requiert aussi de faire de l’histoire des sciences, surtout quand on veut éviter de trop creuser du côté mathématique, qui rebuterait vite le public. Cet abandon est à mon avis dommageable, comme je le disais tantôt :

Apprendre uniquement les modèles figuratifs approximatifs sans les équations c’est apprendre la pire moitié de la physique quantique.

Mais après tout Einstein lui-même avait fait un livre avec Infeld (je crois pour l’aider à payer ses études) qui avait cet exact but : faire comprendre les représentations à la base des hypothèses de la physique sans l’appareil mathématique qui les soutient.

Parmi les blagounettes qui ont tristement mal vieilli ou sont simplement encombrantes se trouvent une série de running gags qui consistent notamment à dire à quel point Aristote disait des bêtises, uniquement des bêtises, répétées pendant des siècles jusqu’à ce que la science mette enfin un terme à ce monceau d’errements. Et ça m’a rappelé les leçons bonus d’histoire des sciences que notre professeur de mathématiques-physique nous avait fait jadis au collège, que je trouvais passionnantes mais dont je comprendrai avec le temps qu’elles m’en donnaient une vision très partiale et simplifiée. Je me souviens y avoir entendu les imprécations contre les aristotéliciens, une discussion de Galilée (qui me donna envie de lire le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde et me montrerait déjà une autre facette de Galilée que son hagiographie scientifique), mais aussi l’opposition entre Edison et Tesla, tentant de mettre à bas la figure populaire de l’inventeur d’Edison pour en faire un escroc tandis que Tesla devenait cette figure promethéenne maudite et abandonnée par l’histoire. Cette dernière légende noire/dorée a force de loi parmi les « geeks » autoproclamés. Bruce Benamran affiche un portrait stylisé de Tesla en arrière plan de ses vidéos, The Oatmeal l’avait présenté comme le geek ultime puis collecté des fonds pour racheter son labo, et son nom baptisera l’entreprise qu’on connait surtout pour Elon Musk et de multiples artefacts steampunk pour nazis-zombies.

Mais quand il s’agit d’opposer Aristote et les atomistes antiques, mon professeur pointait avec justesse que le modèle d’Aristote était profondément empirique et les catégories qui le sous-tendaient (chaud/froid, humide/sec) étaient même sensorielles et pouvaient donc être tâtées dans le monde, tandis que le modèle de Démocrite était une pure construction de l’esprit, qui ne pouvait à l’époque absolument pas être prouvée par quelque expérience ou réellement améliorer notre compréhension du monde. Le succès d’Aristote n’était pas inexplicable.

E-penser, quoiqu’il semble encenser Démocrite comme précurseur, reconnait que son modèle n’est pas empirique, mais échoue par contre à relever l’empirisme et l’importance de l’observation chez Aristote :

« Ce qui est très intéressant avec l’idée de Démocrite c’est que c’est une des premières théories scientifiques à notre connaissance qui n’est basée que sur le raisonnement, pas du tout sur l’observation. Et ce qui est particulièrement étrange c’est qu’à l’époque Platon et Aristote préconisaient de ne pas observer mais simplement de raisonner. Aristote était persuadé qu’on pouvait expliquer l’univers entier sans faire la moindre observation. » (3’57-4’20)

Il commencerait cette double vidéo sur l’atome par cette saillie, qu’il reprendra dans son livre publié en novembre 2015 :

« Dans l’Antiquité, déjà, deux courants de pensée se sont affrontés sur le sujet de la matière : d’un côté, les aristotéliciens, et, de l’autre côté, les gens intelligents. »

Rien que ça. (Mais c’est de l’humour)

Il cherchait ensuite à démontrer cela en jugeant l’arbre par ses fruits, disons, en brandissant quelques « perles » d’Aristote, comme des exemples de sa fausseté irrémédiable :

  1. « Les mouches ont quatre pattes
  2. le fait que la femme a moins de dents que l’homme – c’est faux — est la preuve de l’infériorité de la femme
  3. le sexe d’une chèvre est déterminé par le sens du vent lors de sa conception
  4. un régime alimentaire chaud permet d’enfanter des garçons (respectivement, un régime froid permet d’enfanter des filles)
  5. La virilité d’un homme est inversement proportionnelle à la taille de son sexe
  6. tapisser l’intérieur du vagin d’huile de cèdre, d’encens et d’huile d’olive est un puissant contraceptif -mesdames ne faites pas ça ! »

(p. 20, sur GBooks)

 

Pour lui ça prouve l’inanité totale du système aristotélicien, ce qui me paraît étrange. Si je comprends les réserves quant à sa physique, je crois qu’en zoologie, ses catalogues restent intéressants.

En tout cas, ça m’a donné envie de lire un peu d’Aristote, que j’ai finalement peu lu, histoire de voir d’où tout cela vient en contexte, et quitte à se moquer, le faire en pleine conscience de ce dont on parle.

 

Je voudrais d’abord pointer que « la virilité d’un homme est inversement proportionnelle à la taille de son sexe » n’est pas une proposition testable du tout. Qu’entend-on ici par « virilité » ? En quoi est-ce que c’est un concept empiriquement vérifiable ? Est-ce qu’e-penser sous-entend que la « virilité » est scientifiquement corrélée à la taille du pénis et donc qu’Aristote a tort et a retardé la science de la bite pendant deux millénaires ?

Ce qu’Aristote pointe en fait, je crois, c’est la fertilité, un pénis trop long laissant trop le sperme se refroidir lors de son émission et diminuant ainsi sa capacité fécondatrice :

« Les serpents s’accouplent en se roulant l’un autour de l’autre; ils n’ont ni testicules ni verge, ainsi qu’on l’a déjà dit antérieurement. Ils n’ont pas de verge, parce qu’ils n’ont pas de jambes; ils n’ont pas de testicules, à cause de leur longueur; ils n’ont simplement que des canaux dans le genre de ceux des poissons. Comme ils sont de leur nature extrêmement longs, s’il y avait en outre un arrêt dans les testicules, la semence se refroidirait à cause de la lenteur du trajet. C’est là du reste ce qui arrive aussi chez les animaux qui ont une longue verge. Ils sont moins féconds que ceux dont la verge est plus courte, parce que le sperme refroidi ne féconde plus, et qu’il se refroidit en se portant trop loin. On voit donc bien maintenant pourquoi tels animaux ont des testicules, tandis que d’autres n’en ont pas. (Génération des Animaux, I.6.5, 718b)

Ce qui techniquement je suppose renvoie à la puissance sexuelle de l’homme et donc de sa virilité ? Bref.

 

epenser dents

Ensuite pour les femmes ayant moins de dents, il faut peut-être voir l’influence de Bertrand Russell comme le pointe Robin Herbert dans Rescuing Aristotle (2014) (traduit ici en français) :

« Observation contre Autorité : au sein de la population moderne et éduquée, il semble évident que les faits se déduisent de l’observation, pas de la consultation d’autorités antiques. Mais c’est une idée tout à fait moderne, qui existait à peine avant le dix-septième siècle. Aristote soutenait que les femmes ont moins de dents que les hommes. Bien qu’il ait été marié deux fois, il ne lui est jamais venu à l’idée de vérifier son affirmation en examinant la bouche de ses compagnes. » (Bertrand Russell, The Impact of Science on Society, 1968:7)

« Aristotle could have avoided the mistake of thinking that women have fewer teeth than men, by the simple device of asking Mrs. Aristotle to keep her mouth open while he counted. He did not do so because he thought he knew. Thinking that you know when in fact you don’t is a fatal mistake, to which we are all prone. I believe myself that hedgehogs eat black beetles, because I have been told that they do; but if I were writing a book on the habits of hedgehogs, I should not commit myself until I had seen one enjoying this unappetizing dish. Aristotle, however, was less cautious. » (1950:135–36, cité par Mayhew 81)

Cela semblerait corroborer l’idée d’e-penser  que « Aristote pensait qu’on pouvait expliquer le monde sans faire la moindre observation », mais si Aristote dit bien cela, plutôt qu’une spéculation débridée, il renvoie en fait directement à des observations, et pointe le manque d’observations dans ce domaine :

« Les mâles ont plus de dents que les femelles, aussi bien chez l’homme que dans les moutons, les chèvres et les porcs. On n’a pas pu encore faire de ces observations sur les autres animaux. » (Parties des Animaux II.3.19, 502a)

Difficile de voir ce qui s’est passé ici. D’autant plus problématique que les écrits d’Hippocrate (comme le traité des Epidémies) laissent entendre que les hommes et les femmes ont le même nombre de dents. Peut-être effectivement qu’Aristote s’était rendu imperméable à l’observation. Il faut noter qu’il n’en fait pas explicitement une preuve d’infériorité des femmes, comme le laisse entendre e-penser, alors qu’il ne se gêne pas dans d’autres passages pour souligner le caractère inachevé ou inopérant du corps féminin, manifestant une hiérarchie clairement sexiste.

Mais le nombre de dents ? On se dit qu’il aurait quand même pu essayer d’être sexiste de manière plus directe. Dans le chapitre 5 de son livre The Female in Aristotle’s Biology, Reason or Rationalization?, Robert Mayhew (2004:81-89) essaie d’expliquer certaines propositions bizarres qu’il fit sur l’infériorité des femmes, dont celle de ce nombre de dents inférieurs. Une possibilité c’est qu’il associe les dents à la capacité à se défendre des animaux, comme les défenses, griffes, etc. (Parties des Animaux III.1, 661b28 –662a2) et à la longévité (Problèmes 34.1 963b18-22, aussi 10.48) et donc comme il pensait que les hommes étaient plus combatifs ou vivaient plus longtemps, il leur a aussi attribué plus de dents. (Mayhew 84-5)

La défense d’Aristote tourne un peu au ridicule quand Mayhew  (2004:82-3)  suit Georg Harig et Jutta Kollesch (1977:125) qui suggèrent trois types d’observations qui ont pu tromper Aristote :

  1. il aurait trouvé des animaux femelles avec un nombre de dents inhabituels
  2. il aurait comparé des animaux de différents âges
  3. il aurait examiné une femme qui n’avait pas (encore) de dents de sagesse

Les trois sont en fait une variation de « des femelles avec moins de dents qu’il fallait se sont jetées sur Aristote pour l’induire en erreur, lui qui n’aurait jamais été biaisé ainsi ». La troisième proposition, dit Mayhew, semble impossible, puisqu’Aristote mentionne les dents de sagesse (Histoire des Animaux 501b24 –29) chez les hommes comme chez les femmes. La seconde semble plus plausible si on regarde par exemple l’apparition des dents chez les ovins — c’est d’ailleurs un marqueur pratique pour estimer leur âge. Mais toutes souligneraient de toute façon un échantillon coupablement petit, et c’est effectivement un peu ridicule.

 

Enchaînons sur les factoïdes 3 et 4 qui s’appuient sur sa théorie de ce qui crée la différence des sexes,

De nombreuses parties de la théorie d’Aristote sur la génération des êtres et le processus de la différenciation sexuelle, sont souvent caricaturées. Des études récentes tentent de relativiser certaines caractérisations, Robert Mayhew discute par exemple l’idée très répandue que pour Aristote la femme ne contribue rien à la conception (2004:31 sqq.) et Sophia Connell l’idée qu’il n’y a finalement qu’un sexe chez Aristote puisque la femme est vue comme une sorte d’homme incomplet ou raté (Aristotle on Female Animals, A Study of the Generation of Animals, 2016:265 sqq.).

Mais malgré les nuances qu’Aristote et ses interprètes ont pu apporter, ils m’ont surtout montré que ces qualifications, peut-être simplifiées, n’ont pas émergé sans raison et ils doivent le concéder, parfois à mi-mot. Ce sont des résumés relativement légitimes des hiérarchies qu’il présente : l’homme chaud, la femme froide, l’homme actif, la femme passive, l’homme donne la forme, la femme donne la matière. Le sexisme d’Aristote est indéniable et certainement un des axes qui biaise le plus ses écrits zoologiques aussi bien que politiques et éthiques.

Quant à cet histoire de froid et de chaud, Aristote commence par réfuter la conception d’Empédocle, pour qui un utérus chaud donnerait un mâle et un utérus froid donnerait une femelle :

A vrai dire, l’hypothèse d’Empédocle est la moins fondée de toutes, quand il suppose que le mâle et la femelle ne diffèrent entre eux que par le degré de froid et de chaleur, bien qu’il voie cependant qu’il y a une différence très grande entre les organes qui forment ou les verges ou les matrices. En effet, si les animaux étant déjà tout formés, et l’un ayant tous les organes d’une femelle, l’autre tous les organes d’un mâle, on venait à les mettre dans la matrice comme dans un four, l’un qui aurait une matrice dans une matrice chaude, et l’autre qui n’aurait pas de matrice dans une matrice froide, il devrait arriver que la femelle fût celui qui n’aurait pas de matrice, et que le mâle fut celui qui en aurait une. Mais c’est là une impossibilité évidente. (GA IV.1.5, 764a16–20)

Pour Aristote, le sexe n’est pas déterminé par le seul environnement utérin ou même par les seules parties génitales, mais par l’essence (ousia) du corps, qui serait déterminé par le sexe de manière plus large que seulement en son bas-ventre. Mais qu’est-ce qui décide si cette essence est masculine ou féminine ? Mon prof de math nous disait qu’Aristote affirmait que la femme avait deux utérus, l’utérus de gauche donnant des mâles et celui de gauche des femelles, mais c’est en fait faux (il pointe seulement que l’utérus est symétrique comme les testicules dans un passage certes bizarre) Aristote réfute en fait les théories qui font de la différence de sexe une différence gauche/droite dans la gestation. Il refuse aussi la théorie de Démocrite [cf. 764a] qui en fait une lutte entre sperme masculin et sperme féminin dont l’issue détermine le sexe (tiens c’est marrant je croyais que Démocrite était un atomiste fondateur de science intouché par l’erreur) et en fait, Aristote semble combiner les deux explications :

Le mâle et la femelle présentent donc de très grandes différences selon qu’ils produisent des mâles ou des femelles ; et nous avons expliqué d’où ces différences peuvent venir. Mais quelles qu’elles soient, il n’en faut pas moins aussi qu’il y ait entre l’un et l’autre parents un certain rapport proportionnel [summetria, συμμετρία] Toutes les choses, qu’elles viennent de l’art ou de la Nature, ont un rapport de ce genre. La chaleur, si elle est en excès, dessèche les liquides ; si elle fait par trop défaut, elle ne solidifie pas; tandis que, pour le produit qui doit être formé, il serait besoin d’une proportion moyenne. Parfois, cette proportion entre les parents n’existe pas; et alors, de même que pour la préparation des mets un feu trop fort les brûle, qu’un feu trop faible ne les cuit pas assez, et que des deux façons le résultat ainsi obtenu n’est pas complètement ce qu’il doit être, de même il faut entre les parents une proportion convenable pour la copulation du mâle et de la femelle. De là vient certainement que bien des hommes et bien des femmes qui ne peuvent engendrer l’un avec l’autre, engendrent néanmoins en s’unissant à d’autres personnes. Souvent aussi, la jeunesse et la vieillesse offrent de ces oppositions pour la fécondité ou l’infécondité, et pour la production des garçons ou des filles. (GA IV.2.4,  767a14–26).

De même il affirme que c’est parce que la femme est moins accomplie qu’elle ne peut générer de sperme, mais des menstrues à la place, qu’il compare à de la diarrhée ; et la femme à l’enfant :

L’enfant a presque la figure d’une femme, et la femme ressemble à un homme qui n’engendre plus ; elle est frappée d’une sorte d’impuissance, qui consiste à ne pouvoir mûrir le sperme provenant de la dernière élaboration de la nourriture. Or, ce produit extrême, c’est le sang, ou la partie correspondante dans les animaux exsangues. Cette Impuissance tient dans la femme à la froideur de sa nature. De même donc que la diarrhée provient de la coction imparfaite dans les intestins, de même c’est une insuffisance pareille dans les veines qui produit les autres flux hémorroïdaux et cette hémorroïde particulière qu’on appelle les menstrues. (GA, I.14.5, 728a18–25).

Comme les menstrues sont moins « finies » que le sperme, il en conclut que le sperme et une concoction plus élaborées, et donc plus chaud, comme c’est le propre de la vie, basiquement. Les menstrues apporteraient donc un principe plus froid, qui, en temps normal doit s’équilibrer avec le sperme pour former un organisme.

« La summetria en génération requiert que la froideur de la contribution de la femelle soit active et acte réciproquement à la chaleur de la contribution du mâle. Cependant, la science naturelle d’Aristote dicte que le chaud ou la capacité calorifique est supérieure à la froideur ou la capacité frigorifique. Ajoutés à cela, des facteurs qui se combinent pour produire une unité symétrique n’ont pas besoin d’être égaux. Cela est clair, par exemple dans l’Éthique à Nicomaque, où des amitiés symétriques incluent els amitiés entre parties inégales (1158b20–8). Dans la génération, quand male et femelle doivent se combiner pour créer un mélange bien proportionné, la femelle reste le membre inférieur de cet arrangement. Ainsi, la froideur de la femelle, en dépit de son contre-pouvoir, reste inférieur. »

« Summetria in generation requires that the female contribution’s coldness be active and act reciprocally to the male contribution’s warmth. However, Aristotle’s natural science dictates that the hot or a heating capacity is superior to coldness or a cooling capacity. Added to this, factors that combine to produce a symmetric unity need not be equal. This is clear, for instance, in the Nicomachean Ethics where symmetrical friendships include friendships between unequal parties (1158b20–8). In generation, when male and female must combine to create a well-proportioned blend, the female remains the lesser party in this arrangement. Thus, the coldness of the female, despite its counteractive power, is still inferior. » (Connell 274)

Autrement dit, malgré les nuances du mécanisme qu’il imagine par rapport à Empédocle, cela reste un modèle principalement défini par la capacité du sperme à imposer sa chaleur à la matière froide et quasi-inerte apportée par la femme, et s’îl parvient à le faire de manière plus ou moins équilibrée, on obtient un homme. Puis, suivant le degré de déséquilibre dans l’embryon, on obtient une femme, un enfant malformé, ou la gestation devient simplement impossible. La production d’une femme est donc une sorte d’échec partiel.

On vient d’expliquer par quelle cause l’un est femelle, et l’autre est mâle. Les faits sont la confirmation de cette théorie. Ainsi, les animaux, quand ils sont jeunes, font plus de femelles que dans leur pleine vigueur; de même dans un âge plus avancé, ils en font aussi davantage. C’est que, dans les premiers, la chaleur n’est pas encore complète; et que, dans les autres, elle n’est plus suffisante. Les corps qui sont plus humides et plus féminins produisent également plus de femelles; et les spermes liquides en font plus que les spermes compacts et épais. Toutes ces différences tiennent au défaut de chaleur naturelle. (GA, IV.2.1, 766b)

 

epenser chèvres

Ce qui nous amène à cette fameuse question du vent influant sur le  le sexe des chèvres remonte peut-être à ce paragraphe mais on peut relever qu’il dit explicitement que c’est une explication qu’il tire des bergers (nomeis, νομεῖς) :

« Il y a plus de mâles quand le vent souffle du nord que quand il souffle du midi. Dans ce dernier cas, les organes élaborent plus d’excrétions; et plus l’excrétion est considérable, plus la coction en est difficile. Le sperme des mâles devient alors plus liquide; et chez les femmes, l’excrétion mensuelle subit cette altération. C’est encore par la même cause que les menstrues régulières sont plus abondantes à la fin des mois; car cette époque du mois est plus froide et plus humide, par suite de la décroissance et de la disparition de la lune. Durant l’année entière, c’est le soleil qui produit l’hiver et l’été ; c’est la lune qui les produit dans le cours d’un même mois. Ces changements ne tiennent pas à ses phases, mais à la lumière, qui tantôt augmente et tantôt diminue. Les bergers assurent aussi que ce qui influe sur la production des femelles et celle des mâles, ce n’est pas seulement que l’accouplement ait lieu par un vent du nord ou un vent du midi, mais encore que les animaux accouplés regardent vers le midi ou vers le nord. Le moindre déplacement de ce genre modifie le degré de chaleur et de froid ; et ce sont le froid et la chaleur qui déterminent la génération et le sexe. » (Génération des Animaux, IV.2.2)

Le sexe n’est pas véritablement lié au sens du vent en tant que tel, juste que le vent peut altérer la température de l’animal, et donc le sexe de l’animal généré, en ce qu’il déséquilibre la formation de l’embryon. Aristote ne parle pas spécifiquement des chèvres (peut-être dans un autre passage ?) mais ayant adopté un modèle fondé par la chaleur, il doit prendre en compte quels facteurs peuvent altérer la chaleur de l’organisme. Pour ce qui est du régime chaud/froid permettant d’influer sur le sexe de l’enfant j’imagine que ça vient de ce passage qui dit justement :

« La qualité de la nourriture et la disposition du corps tiennent essentiellement, soit à la composition de l’air ambiant, soit aux aliments ingérés, et surtout à la nourriture que fournit l’eau qu’on boit. C’est l’eau que l’on absorbe en plus grande quantité que tout le reste; et c’est elle qui nourrit tout, et qu’on retrouve même dans les aliments les plus secs. De là vient que les eaux trop dures et trop froides font qu’il n’y a pas d’enfants, ou qu’il n’y a que des femelles. » (GA, IV.2.6, 767a)

…Mais s’il pointe que la froideur engendre l’infertilité (ou une progéniture femelle) il ne dit rien d’aussi symétriquement simple que « manger chaud donne des garçons ». Je relèverai juste que l’idée d’un régime particulier qui permettrait d’influencer sur le sexe de l’enfant a refait les gros titres récemment et même été défendu par un être humain qui est théoriquement un médecin en l’an de grâce 2019, à l’heure où nous avons une explication un peu plus poussée sur ce qui cause la différence des sexes. Et alors que je trouve absurde de reprocher à Aristote de ne pas avoir connu tous les secrets de la méiose, je pense que c’est un peu plus grave quand il s’agit de nos contemporains.

Enfin, quant à la contraception il le mentionne simplement en passant :

« Un signe de grossesse dans les femmes, c’est la sécheresse du lieu sexuel, après que le rapprochement a eu lieu. Si les lèvres de l’ouverture sont bien lisses, c’est que la femme ne doit point concevoir, parce qu’alors la liqueur séminale s’en écoule. La femme ne conçoit pas davantage, si les lèvres sont trop épaisses. Si, au contraire, elles sont dures au contact du doigt, et si elles résistent à la pression et qu’elles soient minces, c’est un signe qu’elles sont bien disposées pour la conception. 2 Il faut donc tâcher, pour que la conception réussisse, d’amener les matrices à cet état, ou à un état contraire pour que la conception ne réussisse pas. Encore une fois, des lèvres lisses attestent que la conception a manqué. Aussi, y a-t-il des femmes qui enduisent avec de l’huile de cèdre, avec de la céruse, ou avec de l’encens délayé dans de l’huile, la partie de la matrice où tombe la liqueur séminale. » (Histoire des Animaux VII.3.1-2, 583b)

Bref, il confessait le manque d’observations faite quant au nombre de dents, il invoque les rumeurs de bergers pour le rôle des vents, ici il me semble surtout, de ce que je comprends mentionner un moyen de contraception utilisé à son époque par certaines femmes plutôt qu’il n’en invente ou n’en prescrit un — même s’il implique son efficacité. Mais surtout, quatre de ces six exemples, qui semblaient tirés d’un foisonnement incohérent et n’avoir aucun lien entre eux, dépendent en fait tous de sa théorie de la génération et de la gestation des animaux.

Quitte à se moquer, autant le faire en contexte.

 

epenser mouches

Mais je voudrais revenir sur le premier : les mouches ont quatre pattes. Il suffisait pourtant de compter ! D’où est-ce que ça sort ?

Quelqu’un a posé la question aux bibliothèques municipales de la ville de Genève qui répondent un fatras incohérent composé de liens vers tout ce qu’ils ont pu trouver en environ trois recherches google, ils renvoient notamment à l’encyclopédie Larousse pour les dates de naissance et de mort d’Aristote (est-ce qu’ils ignoraient qui était Aristote avant la question ?).

Katrin Weigmann (2005) dit que cette affirmation gratuite aurait été recopiée pendant plus de mille ans, sans pourtant illustrer cette affirmation par des exemples.  Un autre article de Vincent Albouy (2007) pointe que les informations d’Aristote étaient à la foi fiables et recopiées telles quelles :

les informations tirées d’Aristote sont vagues, mais toutes vraies et reflètent les études poussées que ce philosophe avait conduites sur les insectes. Fondateur de l’entomologie scientifique, il est le seul entomologiste antique digne de ce nom. Les autres auteurs qui ont traité des insectes, Pline le premier, se sont la plupart du temps contentés de le recopier ou de le paraphraser. Et cela a continué tout au long du Moyen Age.

Ils renvoient néanmoins à un article de evolvingthoughts (2008) qui tente de corriger l’assertion de Weigman en revenant au texte de l’Histoire des Animaux dont vient probablement ce malentendu :

Tous les animaux qui, n’ayant pas de sang, ont plus de quatre pieds, qu’ils soient d’ailleurs volatiles ou qu’ils marchent sur terre, se meuvent par plus de quatre points de mouvement, comme l’animal qu’on nomme l’éphémère, qui a tout ensemble quatre pieds et [491a] quatre ailes; car cette bête a non seulement cette particularité d’existence qui lui a valu le nom qu’elle porte; mais de plus, elle a cette autre particularité d’être un volatile avec quatre pieds. (Histoire des Animaux I.5.16, 490b-491a)

Il faut noter qu’Aristote ne parle pas ici de toutes les mouches, il ne parle même pas vraiment de la mouche. Le terme qu’il utilise est éphéméron (ἐφήμερον), logiquement traduit l’éphémère. Il note également la particularité de cette bestiole en ce qu’elle a quatre ailes et quatre pattes — ce qui est une exception. En effet Aristote si traite bien les mille-pattes et autres myriopodes dans les insectes il relève régulièrement par exemple que les insectes qui sautent ont toutes six pattes :

« Dans ceux des insectes qui sautent, cette organisation est encore plus évidente, comme dans les sauterelles, et le genre des poux ; car en étendant leurs pattes de nouveau après les avoir fléchies, il faut nécessairement qu’ils s’élèvent de terre. Ce n’est pas en avant, mais seulement en arrière que les sauterelles ont leurs pattes, en forme de gouvernail. (684a) La flexion doit se faire nécessairement en dedans ; et aucun des membres de devant ne pourrait s’infléchir de cette façon. Tous les insectes qui ont ces organes du saut sont pourvus de six pattes. » (Parties des Animaux, IV.6.10, 683b-684a)

Et il parle plus spécifiquement des mouches (muion, μυιῶν) dans d’autres passages, par exemple ici en ne leur attribuant que deux ailes, ce qui implique que ce n’est pas de cela dont il parle :

« Parmi les insectes ailés eux-mêmes, ceux dont la vie est errante, et qui doivent nécessairement changer de lieux pour pouvoir vivre, ont quatre ailes; et le volume de leur corps est très léger, comme on le voit chez les abeilles et leurs congénères, qui ont deux ailes de chaque côté du corps. Les plus petits de ces insectes n’ont que deux ailes, comme l’espèce des mouches. Ceux qui sont courts et qui vivent davantage sur place ont plusieurs ailes comme les abeilles ; mais ils ont des élytres (fourreaux) à leurs ailes, comme les hannetons et les insectes analogues, pour que les ailes puissent conserver toute leur force; car, restant sédentaires, ils pourraient s’abîmer plus aisément que les insectes qui sont plus mobiles ; et c’est pour cela qu’ils ont un abri qui les protège. » (Parties des Animaux IV.6.2, 683a)

L’article de evolvingthoughts que j’ai mentionné plus tôt suppose qu’Aristote parlait en fait d’une espèce du genre Ephemeroptera, qui en compte 2000, et il relève en effet qu’on trouve des espèces à quatre ailes et six pattes — mais dont les deux pattes avant servent surtout à l’accouplement, et donc, si Aristote comptait les pattes surtout dans le domaine de la locomotion, il pourrait ne pas les avoir inclues dans son dénombrement.

Hexagenia1

Hexagenia sp. (© 2003 Alex Wild)

Evolvingthoughts conclut :

Quoi qu’il en soit, plus je lis Aristote, et plus je comprends à la fois où les choses en étaient à son époque et ce qu’il a vraiment dit, [plus] je trouve que c’est un historien naturel impressionnant, un bon observateur, et généralement pas un mauvais théoricien. Bien sûr ses théories sont fausses, et sa philosophie globale de la téléologie dans des cas biologiques (pas, je m’empresse d’ajouter, dans sa physique) est inutile maintenant que nous avons des explications téléosémantiques (i.e. la sélection naturelle), mais il n’est pas l’idiot [présenté] dans l’histoire populaire de la biologie, loin de là.

At any rate, the more I read Aristotle, and the more I understand both where things stood at his time and what he actually said, I find him to be an amazing natural historian, a good observer, and generally not a bad theoretician. Sure, his theories are wrong, and his overall philosophy of teleology in biological cases (not, I hasten to add, in his physics) is unnecessary now we have teleosemantic explanations (i.e., natural selection), but he is not the moron of popular history of biology; far from it.

Ce qui est vrai. E-penser a affirmé « Aristote pensait qu’on pouvait expliquer le monde sans faire la moindre observation », ce qui est profondément ridicule si vous avez ne serait-ce que feuilleté Les Parties des Animaux, l’Histoire des Animaux ou la Génération des Animaux. Oui, on y trouve des bizarreries folkloriques, mais il est clair qu’Aristote a passé énormément de temps à observer et cataloguer des animaux, aucun historien de la biologie ne peut le nier.

Voici ce que concluait l’article des bibliothécaires genevois :

Pour finir sur une note plus légère, un article des « Inrockuptibles » paru en 2015 et intitulé « Bruce Benamran, le YouTubeur qui va vous faire aimer (et comprendre) la physique » http://bit.ly/1PY6fdO mentionne une phrase de celui-ci disant, à propos de cette affirmation (entre autres) d’Aristote sur les mouches : « Je commence à développer une théorie – à laquelle je ne crois pas trop : peut-être que ça le faisait marrer de voir que les gens le croyaient et donc il trollait. »

Au final, ce qu’il ne faut pas oublier surtout, c’est qu’Aristote n’a peut-être tout simplement jamais écrit une telle phrase sur les mouches.

Rigolons un brin avec E-penser. Peut-être qu’Aristote a écrit cette phrase (qu’il n’a pas écrit en fait) pour « troller ». Trollface ! Lol ! Vous, monsieur, venez de gagner un point épique d’approbation.

epensetroll

Et c’est ça qui me gêne le plus avec la vulgarisation sur internet. On se retrouve dans une situation où on cite tout ce qu’on a trouvé en une demi-heure sur le net, sans recul et sans hiérarchiser. Le seul article qui revenait véritablement au texte d’Aristote, qui aujourd’hui est facilement disponible dans de vieilles traductions sur internet, c’était celui d’evolvingthoughts. Il y a sûrement de bien meilleurs articles sur cette question de l’éphémère mais je voulais me concentrer sur celui-ci précisément de par la place qu’il a pris dans la réponse des bibliothécaires. Il propose l’explication la plus convaincante, il est cité dans leur article, mais plutôt que soutenir son point de vue, on le met à côté du reste pour « nuancer » et dire « qu’Aristote n’a peut-être tout simplement pas écrit une telle phrase sur les mouches ». Comment ça peut-être ? Vous avez lu le texte ou pas ?

C’est qu’on ne prend pas le temps. C’est très facile et très courant sur youtube cette conclusion tiède : à toute question on dira toujours thèse antithèse synthèse, oui non peut-être un petit peu, qui sait ? Qui peut savoir ? Et si on s’interroge quant à la valeur des opinions d’un type qui pense qu’Aristote ne faisait pas d’observations (c’est-à-dire d’un type qui ne comprend rien à Aristote) bien sûr vient le remède absolu : c’est de l’humour ! C’est pour rigoler !

E-penser et les gens qui comme lui pensent pouvoir se dispenser de la contribution d’Aristote à l’histoire des sciences et la résumer à une blague de répétition nous racontent souvent qu’Aristote a été recopié sans esprit critique et sans le corriger par l’observation pendant plus d’un millénaire. Ironiquement, ils le font parfois en copiant les uns chez les autres cette phrase inventée qui résulte d’une mauvaise interprétation d’un livre qu’ils n’ont pas lu.

Bien sûr comme on l’a vu plus haut, il y a énormément à critiquer chez Aristote, plusieurs de ces citations tapent à peu près juste. Et se confronter aux bizarreries du passé c’est un des exercices mentaux les plus fertiles qui soit, mais ça requiert de véritablement les lire. Vous trouverez sans doute beaucoup plus de perles ainsi, mais vous leur donnerez plus de valeur qu’une excuse pour se moquer d’écrits qui ont traversé vingt-quatre siècles.  Et à vrai dire je trouve les tentatives de le secourir parfois un peu pathétique dans les scénarios qu’elles élaborent pour préserver son intellect supérieur. Il n’y a aucune contradiction entre l’idée qu’Aristote passait son temps à dire des bêtises et qu’il fut une des plus grandes contributions intellectuelles de l’histoire de l’humanité. C’est souvent la règle : les penseurs les plus fertiles ont leur lot d’absurdité que l’historiographie d’après doit passer sous silence pour se créer une figure fondatrice. Il y aurait beaucoup à dire, par exemple, sur la façon dont Giordano Bruno et Copernic sont lavés par les expériences que Galilée fit ensuite. Je pense aussi à William Jones, dont l’habileté est surestimée parce qu’il faut bien un fondateur aux études indo-européennes. Ou à Démocrite brandi (justement par e-penser) comme un contraste bienvenu à Aristote, alors que tout indique que chez lui on aurait le même genre de brouillard, peut-être en encore plus « présocratique » — après tout sa théorie de la différenciation sexuelle n’est pas beaucoup moins farfelue que celle d’Aristote.

Mais justement, e-penser n’a probablement pas la moindre idée de comment Aristote a traversé tout ce temps, parce qu’il dit et écrit la chose suivante :

« Lorsque la Bibliothèque d’Alexandrie fut détruite — quelque part entre l’an -50 et l’an 642 selon des documents historiques plus ou moins farfelus — l’Occident perdit toute trace de la plupart des grands penseurs de l’Antiquité jusqu’à leur redécouverte en 1453, lorsque les Turcs prirent Constantinople, permettant à l’Europe de redécouvrir les textes anciens, donnant par là même le coup d’envoi de la Renaissance, et mettant un terme à un millénaire de Moyen Âge. Mais pendant ce Moyen Âge, la pensée aristotélicienne a un monopole auprès de l’Eglise, et il se passera donc près de 2000 ans après Démocrite avant que ne reprenne en Europe la grande histoire de l’atome. » (4’50-5’11)[Google Books]

Ce qui est flagrant d’abord c’est que cette histoire des sciences corrompue par une sorte de compression jpeg étrange se trouvait déjà, exactement, dans sa vidéo, jusqu’à Démocrite détruit de la biblio d’Alexandrie et qui renaît grâce à la prise de Constantinople, parce que le Moyen Âge a décidé de finir et qu’il est temps de renaissancer un peu. Ni lui, ni son éditeur (Marabout) n’ont jugé bon de rectifier, étayer ou muscler un peu ces affirmations pour leur transcription.

Au-delà du caractère proprement hilarant de ce téléphone arabe historique (est-ce que c’est fait exprès ? en tout cas pour une fois il me fait vraiment marrer) il faut noter que cette occultation ne fonctionnerait même pas dans cette espèce de continuité alternative : comment est-ce que l’atomisme pourrait complètement disparaître comme idée si Aristote domine pendant mille ans, puisqu’il réfute explicitement les théories de Démocrite dans sa Physique (notamment sur la question du vide), c’est d’ailleurs une de nos sources principales dessus. Elle avait été traduite en latin par Jacques de Venise au XIIe siècle, et l’atome est donc mentionné dans le commentaire de Thomas d’Aquin, bref, l’atome était discuté au Moyen Âge chez des gens comme Guillaume de Champeaux, Pierre Abélard, Robert Grosseteste et Richard Fishacre. On rétorquera qu’il n’est jamais utilisé longtemps pour contredire Aristote et coexiste plutôt avec une vision mathématique et continue de la matière, donc est-ce vraiment de l’atomisme ?

« ces théologies atomistes, musulmanes comme chrétiennes, reprennent en réalité un modèle néo-pythagoricien et platonicien dont on trouve l’expression la plus forte chez le philosophe et mathématicien grec Nicomaque de Gérase. Ceci explique pourquoi cet atomisme médiéval n’a rien à voir avec celui de Démocrite, Épicure ou Lucrèce, et pourquoi il peut s’inscrire dans une perspective théologique réintroduisant l’atome dans une physique finalisée, providentielle et non matérialiste. Car cet atomisme, d’origine mathématique, servait principalement d’outil pour penser la création du monde sur le modèle du Timée de Platon. Pour le dire en quelques mots, là où Platon considérait que la matière avait été organisée par le Démiurge selon un plan géométrique et était ultimement constituée de figures géométriques minimales, l’interprétation néo-pythagoricienne proposait de résoudre ces figures géométriques en lignes, puis en points indivisibles, ces derniers étant considérés comme les unités ultimes de la réalité et identifiés à des atomes, c’est-à-dire aux entités ultimes et indivisibles qui composent le monde. » (Aurélien Robert 2017)

… Ce qui serait recevable, sauf que c’est exactement analogue à la monade chez Giordano Bruno, décrite en ces exacts termes par e-penser  qui considère pourtant Bruno comme responsable de la renaissance de l’idée atomique :

« […] Rappelez vous on parlait de l’atome et ce qui se passe c’est que Giordano Bruno, lui, considère que toute la matière est faite d’une brique élémentaire qu’il appelle la monade ça vient de mono qui veut dire « un ». C’est le côté élémentaire de la chose et puisque pour lui dieu est à la fois le minimum de tout et le maximum de tout ben ça veut dire que « dieu est la monade source de tous les nombres » fin de citation, car c’était une citation et qui provient du De Triplici Minimo qui signifie le triple minimum. Pour lui la monade c’est très exactement l’équivalent du point mathématique en géométrie, sauf que la monade n’a pas à proprement parler de la dimension c’est vraiment une brique élémentaire abstraite et conceptuelle sur laquelle se construit la matière de la même manière que c’est sur le point en géométrie que se construit toute la géométrie avec les droites, cercles, etc. » (11′-11’50)

 

Bien sûr, de même que les erreurs d’Aristote n’enlèvent pas toute valeur à son oeuvre, les erreurs d’e-penser n’empêchent pas ses vidéos d’être autrement plus pertinentes et intéressantes.

Mais la question de pourquoi l’atome n’était pas convainquant et pourquoi soudain il le devint est un peu plus complexe que « Démocrite était tellement en avance sur son temps, Aristote était un idiot » etc.

Et pour s’en rendre vraiment compte, il faut vraiment prendre le temps.

Et on verra peut-être aussi que dans l’histoire des sciences il y a parfois plus important que d’avoir raison par hasard.

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