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Lays Farra

20/09/2015

Arthur Chu s’est attiré les moqueries de pas mal de conservateurs et de GamerGate pour avoir avoué pratiquer des exercices de discipline mentale :

So yes, to momentarily borrow Yudkowsky fanboy terminology, I wear black robes. I am a practitioner of the Dark Arts. I rigorously manage my own thinking and purge myself of dangerous « unthinkable » thoughts — « mindkill » myself — on a regular basis.

This is what you have to do to be a feminist anti-racist progressive, i.e. a social justice stormtrooper, You have to recognize that there is no neutral culture, neutrality is impossible, that culture is a cutthroat war of memes and that you have to commit to picking a side and setting yourself up as a neutral arbiter of memes is impossible and is a form of surrender. You have to constantly « check your privilege » and « unpack the knapsack » and all those other buzzwords.

You need to understand that the only way to be « rational » in this world is to be irrational, that the only way to be « fair » is to pick the right side and fight for it.

The people who genuinely win are the people who do this. The people who refuse to do this are the ones who sit on the sidelines and never even lose because they aren’t really playing.

I’ve said before that I’m amazed at Yudkowsky actually coming out and saying this at one point — that his movement is really good at getting people to make propositional statements that he judges to be « rational » but really bad at, like, actually effectively making rational decisions.

He likens this to « a dojo that teaches you how to punch rather than kick », whereas I think a better analogy would be « a dojo that teaches you how to spectate rather than fight ». (archive.today, courant 2014?)

De toute évidence, cela était la preuve pour moult individus aux pulsions réactionnaires que les social-justiciers étaient une secte qui se voilait la face et qui donnait dans le crimestop de 1984 : quand ils étaient face à des faits physiques ou des pulsions naturelles qui contredisent leur dogme, ils se forcent à les refouler.

Cependant, c’est étrange que des réactionnaires fassent ce genre de réflexions, surtout quand la Réaction est usuellement admirative des grands penseurs ascétiques du passé, voués à purger leur esprit de mal et de tentation, non ?

Dès Saint Paul, la question du contrôle des pensées pécheresses a été centrale dans la chrétienté (Romains 8) dès les Evangiles à vrai dire :

Vous avez entendu qu’il a été dit aux Anciens : Tu ne commettras point adultère. Mais moi je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, il a déjà commis dans son cœur un adultère avec elle. (Matthieu 5.27-8)

Peut-être même encore plus tôt :

Garde ton cœur de tout ce dont il faut se garder; car de lui procèdent les sources de la vie. Eloigne de toi la perversité de la bouche, et la dépravation des lèvres. (Proverbes 4.23-4)

Saint-Augustin, sur le Psaume 137 (136 dans la vulgate catholique), entre autres invectives contre les pensées coupables :

Heureux qui saisit tes enfants et les écrase sur le roc (Psaume 137.8)

Que ses enfants soient étouffés: ou plutôt, qu’on les brise contre la muraille et qu’ils meurent. Mais quels sont ces enfants de Babylone? Les convoitises coupables qui naissent en nous. Il en est qui ont à livrer de rudes combats contre leurs passions invétérées. Qu’une passion vienne à poindre dans ton coeur, avant qu’elle ne se fortifie contre toi par l’habitude, quand ce n’est qu’une passion nouvellement formée, ne lui laisse pas le temps de grandir par l’habitude, mais étouffe-la dès sa naissance. Et si tu crains qu’elle ne meure pas même en l’étouffant, brise-la contre la pierre. « Or, cette pierre c’est le Christ ». (1 Cor 10.4) [Augustin sur les psaumes]

Et même en dehors de la chrétienté. Il suffit de lire Sénèque dans ses traités Sur la Colère, De la constance du sage, Sur la Vie Bienheureuse ou Sur la Tranquillité de l’Âme

[2,13] XIII. Ne cherchons point une excuse, une apologie pour nos emportements, en soutenant qu’ils sont ou utiles, ou inévitables; car quel vice a jamais manqué d’avocat? Ne disons pas: « La colère ne se guérit point. » Les maux de l’âme sont loin d’être incurables: la nature, qui nous forma pour la vertu, nous aide elle-même à nous corriger, si nous le voulons. Il n’est pas vrai non plus, comme l’ont cru quelques-uns, que la route des vertus soit difficile ni escarpée; on y va de plain-pied, et je ne crois pas vous conter des chimères, on chemine aisément vers ces sources de la vie heureuse: il suffit qu’au départ l’âme soit bien préparée et qu’elle mérite l’assistance des dieux. Hélas! vous faites pour le mal beaucoup plus qu’il ne faudrait faire pour le bien; car est-il loisir plus parfait que celui d’une âme en paix; est-il tourment égal à la colère? quoi de plus paisible que la clémence, et de plus orageux que la cruauté? La chasteté est en repos; l’incontinence, toujours en agitation. Toutes les vertus enfin s’entretiennent sans beaucoup d’efforts; les vices seuls coûtent cher à nourrir. Doit-on écarter la colère? C’est en partie ce qu’avouent ceux qui sont d’avis de la modérer. Proscrivons-la tout à fait: rien d’utile n’en pourrait sortir. Qu’elle disparaisse, et plus facilement, plus efficacement le crime sera prévenu, le méchant puni et ramené dans la route du bien. (Sur la Colère)

[6,3] La timidité de ceux-ci les rend peu propres aux affaires civiles, qui demandent une assurance imperturbable ; la fierté de ceux-là ne peut être de mise à la cour ; il en est aussi qui ne peuvent maitriser leur colère, et le moindre emportement leur suggère des paroles imprudentes ; d’autres ne sauraient contenir leur esprit railleur, ni retenir un bon mot dont ils auront à se repentir. À tous ces gens-là le repos convient mieux que les affaires : un esprit altier et peu endurant doit fuir toutes les occasions de se donner carrière à son détriment. (De la tranquillité de l’Âme)

Quelque force qui vous menace, vous presse, vous assiège, céder est toujours une honte ; défendez le poste que vous assigna la nature. Et quel est-il ? celui d’homme de cœur. 4. Le sage a un tout autre auxiliaire qui vous manque, car vous luttez encore : il a la victoire gagnée. Ne soyez point rebelle à vos intérêts : sur la route de la vérité, nourrissez l’espoir d’y atteindre ; accueillez avec amour des doctrines meilleures, et appuyez-les de vos convictions comme de vos suffrages. Qu’il existe une âme invincible, une âme contre laquelle la Fortune ne puisse rien, voilà qui importe à la république du genre humain. (De la constance du sage)

Il ne s’agit pas forcément de tuer périodiquement des pensées mais le contrôle de soi est au cœur de la doctrine stoïcienne. Plus tard, on lira au deuxième siècle dans les Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle, l’empereur romain stoïcien :

  Ainsi donc, tu dois éviter, dans l’enchaînement successif de tes pensées, tout ce qui est désordonné, tout ce qui est sans but, à plus forte raison encore tout ce qui est inutile et immoral. L’habitude qu’il faut prendre, c’est de ne penser jamais qu’à des choses telles que si l’on te demandait tout à coup : « A quoi penses-tu ? », tu pusses immédiatement répondre en toute franchise : « Voici à quoi je pense ». Il faut qu’on voie à l’instant même, sans l’ombre d’un doute, que tous tes sentiments sont droits et bienveillants, comme il convient à un être destiné à vivre en société, qui ne songe point aux plaisirs et aux illusions de la jouissance, à quelque rivalité, à quelque vengeance, à quelque soupçon ; en un mot, qui ne songe à aucune de ces pensées dont on rougirait de faire l’aveu, s’il fallait convenir qu’on les a dans le cœur.  (III.4)

Supprime l’idée que tu t’es faite ; et, du même coup, tu supprimes aussi ta plainte : « Je suis blessé ». Supprime le « Je suis blessé » ; et, du même coup, la blessure est supprimée également. (IV.7)

Bref, les réactionnaires admiratifs des grands hommes d’antan devraient pourtant avoir au moins une certaine sympathie avec la discipline mentale d’Arthur Chu. Ils ne l’ont pas parce que nous avons ici une frange franchouillarde, déconneuse, lolante de la réaction, que les réactionnaires traditionnels peuvent bien utiliser comme chair à canon de temps en temps mais les crasses et partouzes continues distinguent tôt ou tard ceux qui se réclament de Vox Day ou Nero, de Carlyle ou Nietzsche et enfin de Cicéron ou Saint Paul.

 

 

Commentaires (3)

3 réponses à “Mindkill”

  1. Typhon dit :

    « franchouillarde »

    Je ne connais pas un seul réactionnaire français qui s’intéresse à Chu (pourtant j’en suis pas mal).

    Peut-être tu as une définition un peu large de « réactionnaire ».

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