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Lays Farra

02/05/2020

[Frontispice de Eothen (1844)]

 

Ces temps-ci j’essayais de m’ôter les idées du contexte angoissant de l’épidémie en me jetant dans ma bonne résolution de venir à bout de ma pile de livres à lire. Malgré la variété des lectures, chaque fois que le livre nous plongeait quelques siècles en arrière, je me heurtais inévitablement à la puissance du règne de la Pestilence il y a encore quelques générations.

 

Des barrières de nature pratique aussi bien qu’idéologique faisaient obstacle au voyage des musulmans en Europe. Dès le XIVe siècle, Venise et Raguse, puis Marseille et d’autres ports chrétiens commencent à prendre des mesures pour se protéger de la peste. Elles évoluent vers un système auquel on a donné le nom de quarantaine, en raison de la période d’attente de quarante jours imposée, au XVe siècle, par les autorités vénitiennes à tous les voyageurs en provenance des pays musulmans. Par suite de la disparité croissante des normes de santé publique et d’hygiène entre l’Occident et l’Orient, la quarantaine devient une institution permanente, jugée nécessaire pour empêcher toute contamination de l’Europe. Elle est appliquée avec une extrême rigueur à tous, quels que soient leur religion, leur nationalité, leur état ou leur position. Ambassadeurs et grands marchands y sont soumis au même titre que les humbles pèlerins, et les dignitaires de retour en Europe autant que les voyageurs musulmans. La plupart des ambassadeurs musulmans ont fait des commentaires sur ces périodes d’isolement qu’ils trouvaient naturellement irritantes et humiliantes. La quarantaine — et c’était une des causes de leur désagrément — donnait à la population locale l’occasion de satisfaire sa curiosité. Mehmed Efendi fut retenu quelque temps au poste de quarantaine de Cette (Sète) où, nous dit-il, « je me rendis en promenant mes yeux sur une multitude innombrable d’hommes et surtout de femmes… Les femmes commencèrent par venir par troupes de dix ou de quinze et ne discontinuèrent point jusqu’à jusqu’à cinq heures après le coucher du soleil, car toutes les dames de qualité des environs… s’étaient assemblées à Cette pour me voir ». Vasif Efendi raconte comment « la palissade qui entourait [le lazaret] fut encombrée d’une foule de curieux qui nous saluaient de loin. Notre costume était pour eux un spectacle nouveau et qui paraissait les plonger dans un profond étonnement ». Parfois les autorités invoquaient des raisons spécieuses pour justifier cette humiliation infligée aux ambassadeurs. En 1790, Azmi écrivait de Berlin : « Le général lui-même est venu nous rendre visite et nous a déclaré : ‘Pour vous la quarantaine n’était pas nécessaire mais ne pas vous y soumettre eût fait grand bruit dans la population.’ Voilà comment il essaya de s’excuser. » Peu à peu, la quarantaine devint un obstacle majeur au développement des communications et des relations entre le monde chrétien et l’Islam. Un voyageur anglais en Orient au début du XIXe siècle [Alexander William Kinglake (1809-1891)] a bien décrit les effets physiques et psychologiques de cette barrière.

Les deux villes frontalières sont à moins d’une portée de canon l’une de l’autre et pourtant leurs habitants n’entretiennent aucune relation. Les Hongrois au nord et les Turcs et les Serbes sur la rive méridionale de la Save sont aussi éloignés les uns des autres que si cinquante grande provinces les séparaient. De tous les hommes qui s’affairaient autour de moi dans les rues de Semlin, il n’y en avait peut-être même pas un qui fût jamais descendu voir la race d’étrangers habitant sous les murs du château en face. C’et la peste, ou la peur de la peste, qui sépare un peuple de l’autre. La terreur que provoque le pavillon jaune interdit toute allée et venue. Si vous osez violer la loi de la quarantaine, vous serez jugé avec une hâte toute militaire ; la cour hurlera sa sentence du haut d’un prétoire placé à une centaine de courées ; le prêtre, au lieu de vous murmurer de douces paroles d’espérance, vous réconfortera à la distance d’une longueur d’épée ; après quoi, vous serez soigneusement fusillé et négligemment enterré à l’intérieur du lazaret.
Quand tout fut prêt pour notre départ, nous nous rendîmes à pied jusqu’à l’enceinte de l’Etablissement de quarantaine et attendîmes là avec l’officier « compromis » du gouvernement autrichien dont la fonction est de surveiller le passage de frontière et qui pour cette raison, vit dans un état de perpétuelle excommunication. Les embarcations avec leur rameurs « compromis » attendent également là.

Une fois entrés en contact avec une créature ou une chose appartenant à l’Empire ottoman, il nous eût été impossible de retourner en territoire autrichien sans subir un emprisonnement de quatorze jours dans le lazaret. Aussi, avant de nous engager, était-il important de vérifier qu’aucune disposition nécessaire à notre voyage n’avait été oubliée ; et dans notre souci d’éviter une telle malchance, nous organisâmes notre départ de Semlin avec presque autant de solennité que si nous nous étions préparés à quitter cette vie. Quelles personnes complaisantes, dont nous avions reçu les amabilités durant notre court séjour dans la ville, vinrent nous faire leurs adieux près de la rivière. Et tandis que nous attendions en leur compagnie à six ou huit coudées de l’officier « compromis », ils nous demandèrent si nous étions tout à fait certains d’avoir liquidé toutes nos affaires en terre chrétienne et si nous n’avions pas de demande particulière à faire. Nous répétâmes cet avertissement à nos domestiques, très inquiets de nous trouver par impossible séparés de quelque objet chéri ; étaient-il certains de n’avoir rien oublié ? quelque odorante trousse de voyage avec ses lettres de crédit à valeur d’or dont nous pourrions être à tout jamais privés ? Non, tous nos trésors reposaient en sûreté dans le bateau et nous-mêmes étions prêts à les rejoindre. Alors nous serrâmes la main de nos amis de Semlin et immédiatement ils se reculèrent de trois ou quatre pas, nous laissant à mi-chemin entre eux-mêmes et l’officier « compromis ». Celui-ci s’avança et, me demandant une fois encore si nous en avions terminé avec le monde civilisé, me tendit sa main que je pris et c’en fut fini de de la chrétienté pour bien des jours à venir. » [Eothen; or Traces of travel brought home from the East, 1844:1-4]

Bernard Lewis, The Muslim Discovery of Europe (1982)

[trad. Annick Pelissier, Comment l’islam a découvert l’Europe, 1984:124-5]

« I say this continual smoking must have been one cause, at least of his peculiar disposition; for every one knows that this earthly air, whether ashore or afloat, is terribly infected with the nameless miseries of the numberless mortals who have died exhaling it; and as in time of the cholera, some people go about with a camphorated handkerchief to their mouths; so, likewise, against all mortal tribulations, Stubb’s tobacco smoke might have operated as a sort of disinfecting agent. »

Herman Melville, Moby Dick, chap. 27 (1851)

 

« […] during 1855 and 1856 Henrietta Grace lived through the nightmare of losing three children: Penrose, aged three; Henrietta, aged two and a half; and Jessie, aged only eight months. The fact that these deaths followed one another so swisftly made them very hard to bear, even in ana age when so many died in infancy. Diphtheria probably accounted for two deaths and pneumonia for the third. The inadequacies of the medical profession added to the anguish of these illnesses. Unable to believe her children were truly dead, Henrietta Grace would place their corpses by the fire so that they should not grow cold. »

Tim Jeal, The Boy-Man: The Life of Lord Baden-Powell (1989:9)

C’est fou ça m’aide pas tant que ça à me changer les idées.

« C’est drôle même en écoutant de la musique j’arrive pas à oublier mon crime »

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